Chronique

Simon Nabatov

Picking Order / Monk’n’More

Simon Nabatov (p), Dominik Mahnig (dm), Stefan Schönegg (b)

Label / Distribution : Leo Records/Orkhêstra

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Bien sûr il faudra être en bonne forme physique et mentale pour assimiler ces deux disques de Simon Nabatov. Comme à son habitude en effet,le jeu du Russe s’avère, extrêmement contrasté et bouscule le confort d’une écoute habituée à des déroulés plus progressifs. Particulièrement sur Picking Order où il évolue en trio et où, à partir d’un jeu pianistique extrêmement complet, il fait montre d’une capacité à varier les climats dans des effets transitoires indociles. Déroulant des compositions soignées dans lesquelles les thèmes empruntent à tout un savoir musical (de J.S. Bach à Cecil Taylor pour le dire vite), il déconstruit pourtant de manière un peu trop systématique sa pensée narrative en édifiant des montagnes (russes, on s’en doute) de dissonances avant de retomber - avec virtuosité toujours - sur ses pieds et reprendre le cours de son récit.

L’équilibre et la souplesse de ce trio ne sont pas dénués de qualité et son ancrage dans un jazz dynamique et inventif ravit l’oreille. La batterie véhémente du jeune Suisse Dominik Mahnig est capable de tenir un swing aussi redoutable que droit tandis que la basse nomade de l’Allemand Stefan Schönegg, quoique bien présente aux endroits stratégiques, n’hésite pas à s’écarter de la voie commune pour élargir le champ musical. Il faudra néanmoins supporter toute la passion de l’âme russe, ses extravagances et son romantisme moderne parfois envahissant.


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Tout autre est Monk’n’More, le solo qu’il publie en hommage à Thelonious Monk. La confrontation avec ce géant génial et insaisissable est prétexte à une relecture aussi ébouriffante que cohérente de bout en bout. Avec beaucoup de gourmandise, en effet, il travaille le matériau monkien en conservant son originelle faconde mélodique et rythmique. Son enthousiasme et ses capacités techniques lui permettent, en revanche, de creuser plus avant l’esthétique du maître sans que ses débordements jubilatoires ne nuisent au propos. Mieux, ils s’immiscent parfaitement dans ces compositions obliques et en montrent une nouvelle fois toute la saveur et la modernité.

Alternant des pièces comme “Skippy”, “Oska T.”, “Pannonica” ou encore “Light Blue” avec des improvisations qu’il module par l’emploi de l’électronique, Nabatov laisse libre cours à sa science du son, distordant les sonorités de son piano et ouvrant des espaces nouveaux traversés de traits fulgurants. En conclusion, la relecture toute droite d’“Epistrophy” fait sonner le clavier à plein et scelle de manière convaincante le pacte qui lie ces deux authentiques jazzmen.