Scènes

Soirée Paris Jazz Club (21 janvier 2009)

Une place, quatre concerts : Paris Jazz Club fête en ce début d’année les Django d’Or 2008, avec une programmation extrêmement contrastée, pour toutes les ambiances et tous les goûts…


Une place, quatre concerts : Paris Jazz Club fête en ce début d’année les Django d’Or 2008, avec une programmation extrêmement contrastée, pour toutes les ambiances et tous les goûts.

« Paris Jazz Club »… Pour une entrée sont accessibles au Sunside Médéric Collignon et Andy Emler, au Sunset Christian Escoudé Trio, au Baiser Salé Patrice Caratini et le « Latinidad Quintet » et a Duc des Lombards Rhoda Scott et Julie Saury (batterie). Tous ont remporté un Django d’Or 2008 – excepté Médéric, mais il précise qu’il a eu, lui, le prix Django Rheinardt de l’Académie du Jazz !

Au Sunside, le concert commence une demi-heure en retard, comme d’habitude : à 21h30, les lumières s’éteignent. Un verre de punch à la main, je m’installe au fond de la salle pour pouvoir circuler librement et j’ouvre de grands yeux : arrivent les deux compères, qui entament les festivités par des compositions du pianiste et quelques éclats de rire. Ces deux-là se connaissent depuis 20 ans, mais on n’a pas l’habitude de les voir en duo. Pourtant, la formule leur convient très bien. Andy donne le ton par des envolées mélodiques, parcourt les touches en tous sens avec énergie tandis que le trompettiste/bugleur/bruiteur/chanteur ajoute des touches impressionnistes : un son milesdavisien, puis un bruit bizarre, et un autre bruit bizarre, et encore un bruit bizarre ! Médéric fait de son corps un instrument ; sa voix change à tout moment, elle se fait lyrique, comique, explosive… Tous deux emplissent l’espace de bonne humeur, font rire le public, séduisent par leur virtuosité. Ils sont capables de passer d’une ambiance à une autre en un clin d’oeil, de nous emporter malgré nous dans une folie – par ailleurs parfaitement maîtrisée – de sons et de bruits de toutes sortes.


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Andy Emler © H. Collon/Vues sur Scènes

Fin du premier set - il est temps d’aller visiter les autres salles. En dessous, le trio manouche de Christian Escoudé bat son plein : le Sunset est comble. Je m’en vais assez vite, la tête encore pleine des folles improvisations d’Andy, qui font un peu pâlir les guitares… Je fonce au Duc découvrir Rhoda Scott et Julie Saury. Là encore, le club est plein à craquer ; les gens ont les yeux rivés sur de petits écrans à l’entrée tandis que les serveurs se frayent un chemin parmi la foule en portant d’immenses plateaux de pâtisseries (au chocolat). Je me faufile entre les tables dans ce qui sert de couloir et parviens à apercevoir la star, au milieu de la scène, dans la lumière (la batteuse est à droite). Elle vient de terminer un morceau, et annonce le suivant avec un accent tel que je ne comprends que le nom du compositeur de l’introduction : Jean-Sébastien Bach. Sourires. C’est un massacre. Aïe. Un peu dépitée, je rebrousse chemin, après avoir tout de même attendu quelques notes jazzy, efficaces mais sans surprise.

Reste à aller écouter Patrice Caratini au Baiser Salé. La salle est bondée, je me glisse en haut de l’escalier d’où je peux voir la scène. Je reste approximativement 12 secondes : le « Latinidad Quintet » est peu convaincant. Le public a pourtant l’air d’aimer ; il est vrai que la musique est agréable, mais elle ne soutient hélas pas la comparaison avec Andy et Médéric… que je retourne aussitôt écouter. (Il y a moins de monde au Sunside ; il me semble pourtant que ce club fait partie des quelques lieux où l’on peut entendre ce qui se fait de plus original et d’inattendu aujourd’hui.) Les sempiternels standards ne tiennent pas devant la joyeuse invention de ces deux farfouilleurs de sonorités. Ils en sont au deuxième set, et Médéric nous offre la primeur de ses compositions - enjouées et profondes, douces et folles… La trompette se livre, caresse le creux de l’oreille, puis tout à coup produit un son étranger et drôle. Le bugle prend le relais, puis c’est la boîte à rythmes… et le piano reprend le dessus. Emler et Collignon se complètent, même si ce dernier peut devenir un peu incontrôlable et monter si haut le son de sa boîte à rythme que le pianiste est obligé de marteler. Mais on est pris par le mouvement de la musique, on oublie tout l’espace de trois sets portés par une énergie et une joie démentielles qui nous amènent insensiblement jusqu’à deux heures du matin. La soirée est terminée, la rue des Lombards se vide, les visages sont épuisés mais souriants.