Scènes

Stage NOLA – 19 octobre 2012, cinquième jour

Ce vendredi aura été la journée de tous les imprévus. Il fallait bien que ça nous arrive !


Ce vendredi aura été la journée de tous les imprévus. Il fallait bien que ça nous arrive ! Au petit déjeuner, Jérôme nous signale que Walter Ramsey, l’intervenant du jour, aura un peu de retard. Une heure plus tard, au Chickie Wah Wah, on comprend qu’il ne viendra pas.

Ramsey invente une excuse improbable, qui amuse et agace à la fois Jérôme et Raphaël, les coordinateurs du stage. Il serait en panne, roue crevée, à attendre qu’on lui livre une nouvelle roue en hélicoptère (d’un diamètre de 31 pouces… genre gros Hummer). Bref, ça sent un peu le plan lose. Malgré tout, Ramsey envoie un jeune trompettiste à notre rencontre, Andrew Baham, qui joue notamment avec le Big Sam’s Funkynation, un groupe qui cartonne aux Etats-Unis (au moins 200 dates par an). Andrew arrive vers 11h, et nous avons du coup une grosse heure de travail avec lui.

Comme la veille avec Kirk Joseph, il nous fait jouer nos morceaux. La machine a du mal à se mettre en marche ce matin, surtout que le stage compte trois nouveaux musiciens qui ne connaissent pas le répertoire. Andrew nous donne d’excellents conseils, nous parle de sa vision de la musique que nous jouons, de son rapport à New Orleans etc. Il insiste sur la liberté que nous devons acquérir dans notre jeu, les risques que nous pouvons prendre, mais aussi la maîtrise que cela demande. Et puis toujours les mêmes remarques : jouer avec conviction, écouter à fond les autres musiciens du groupe, établir une connexion avec le public, faire en sorte que notre musique ne soit jamais ennuyeuse… Pendant ce temps il a toujours en main sa trompette, et nous lui demandons s’il est possible de jouer quelque chose avec lui. « Sure !!! » Un blues bien dans le style New Orleans s’engage, sur ses indications. Il passe voir tous les musiciens pendant que nous jouons, et donne une idée à chacun. Encore de bons conseils pour nous tous, et des perspectives de travail. Je me rends compte ici qu’à titre personnel, ce travail/jouage des fondamentaux du jazz me fait du bien, et j’y trouve un plaisir que je méconnaissais. Andrew nous quitte à la pause de midi, et nous sommes un peu frustrés de sa trop brève apparition.


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L’après-midi doit être consacré à une répétition de notre répertoire. Il y a notamment pas mal de choses à voir avec Julien, qui doit remplacer Vinz, le chanteur de la formation, resté en France. En théorie nous devons jouer au Chickie Wah Wah ce vendredi soir. Mais, deuxième imprévu, le concert est reporté. Dale, le patron, sent mieux le plan mercredi. Notamment parce que mercredi après-midi, le groupe pourra aller à WWOZ, la radio la plus écoutée des passionnés de musique ici à New Orleans.

Nous passons donc l’après-midi seuls, sans intervenant, face à notre répertoire. Sous l’influence de tout ce qui s’est déjà passé ici pour nous, nous parvenons à trouver de nouvelles manières de faire sonner les morceaux. Tout le monde joue le jeu et la répétition passe très vite. Je suis un peu déçu de ne pas pouvoir continuer quand Dale nous dit qu’il serait bon pour nous de débarrasser le plancher, vers 16h15. On remettra ça demain matin, car demain soir - et là a priori ça ne devrait pas changer - nous jouons à la Maison, sur Frenchmen. Le groupe est très impatient d’y jouer !

Après une petite sieste réparatrice, nous décidons tous d’aller à Treme. Pour le bicentenaire ans du quartier, il y a ce soir un nouveau concert gratuit, cette fois à Lemann Park. La soirée intéresse nos soufflants puisqu’elle est intitulée « Brass under the Bridge : Rebirth Tribute ». Comme de nombreux événements ici, le concert commence à 18h. Le speaker monte sur scène et rappelle qu’il y a deux cents ans, à Treme, tous les habitants, noirs, étaient encore esclaves. Et la ségrégation était encore une réalité il y a cinquante ans. Sur l’échelle du temps, c’est si infime…

Je m’aperçois que nous sommes pour le troisième soir d’affilée à un concert/fête de quartier, et j’aime vraiment l’ambiance. Toujours des gens qui dansent, des flics qui rigolent et s’amusent avec la foule… Le spot est génial, avec un très joli croissant de lune au-dessus de nos têtes et une vue superbe de New Orleans derrière la scène.

Justement, sur scène, les brass bands enchaînent : les Baby Boyz, les Original Pinettes, un brass band féminin très fun, le New Birth Brass Band, qui fait monter la pression d’un cran et que je trouve vraiment bon, et enfin le Rebirth Brass Band. Ce groupe est une institution à New Orleans. Il a même remporté il y a peu (peut-être l‘an dernier) un Grammy Award, ce qui est très important aux Etats-Unis. La sono est toujours aussi pourrie (que des SM 58 sur scène, une console, des enceintes et basta), mais j’entends quand même la différence avec le Rebirth. Très en place, très vif, et puis des musiciens font un sacré show. Seul le sax est vraiment faux, et a l’air complètement bourré… J’apprends avec Jérôme que le gars qui joue la grosse caisse et le sousaphoniste sont frères. Ils forment une sacrée rythmique. J’écoute toujours les placements et manières de jouer cette musique on ne peut plus « noire ».

Après le Rebirth, les Brass-A-Holics ferment le ban et je reconnais sur scène des musiciens croisés et entendus sur Frenchmen. Le groupe, composé de jeunes musiciens, est très bon. Ça groove, ça assume des idées parfois très kitsch (intro reprise d’« In The Stone » d’Earth Wind & Fire, reprise d’un morceau de Georges Michael etc…), et c’est toujours très efficace dans la manière de conduire le show.

Avec Jérôme, Jean-Marie et Loïc, nous décidons de rentrer à l’India House tandis que les autres poursuivent la soirée sur Frenchmen. Demain, nous commençons un week-end de folie. S’annoncent en ville quatre Second Lines, dont celle qui célèbre dimanche les deux cents ans de Treme. Gros événement, avec tous les plus gros brass bands de New Orleans ! J’ai hâte de voir à quoi ressemblent ces fameuses parades. Nous irons aussi voir une messe gospel dimanche matin… Sans compter le concert de demain soir. De quoi alimenter tranquillement ce petit journal !

Stay tuned !