Scènes

Stefanus Vivens « Freedom for Seeds » à Auxerre

Un chaleureux métissage musical


Nous le savons depuis toujours, la diversité culturelle est la source d’inspiration de nombreux musiciens de jazz, qui trouvent en elle une formidable occasion de métisser les sons, les harmonies et les rythmes les plus variés. Le pianiste et claviériste Stefanus Vivens n’échappe pas à la règle au sein de sa formation « Freedom for Seeds », sorte de mélange de jazz et de musiques traditionnelles latines. Après avoir été découvert au sein du groupe électrojazz Gambit de Julien Lourau ou du projet Hati du trompettiste Nicolas Genest, Stefanus Vivens poursuit sa volonté de défricheur d’influences musicales en tous genres au sein du groupe « L’Argent » d’Yves Robert et de United color of Sodom, sorte d’orchestre au jazz métal très expérimental, réuni autour de son complice de longue date Jean-Philippe Morel.


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Stefanus Vivens © H. Collon/Vues sur Scènes

Les influences musicales traversées par Freedom for Seeds vont de l’Inde au Brésil en passant par les Caraïbes et l’Occident. Le résultat est une véritable incitation à un voyage merveilleux et unique que Vivens concocte avec aise et convivialité de manière toujours renouvelée au fil des concerts grâce à une instrumentation très originale. Cette formation des plus métissées est une sorte de plateforme où bon nombre de musiciens ont été invité à partager les conceptions mélodiques et rythmiques de Vivens. Depuis sa création, en 2001, chacun a su apporter sa personnalité, sa sensibilité et son sens du vécu. Pour l’occasion, c’est avec grand plaisir qu’on retrouve le flûtiste Magic Malik (sa présence était indispensable tant le métissage culturel est son terrain de jeu) et la chanteuse indo-pakistanaise Siân Pottok, chanteuse au timbre enchanteur, aguerrie au mélange des rythmes et cultures (à surveiller de très près).


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Magik Malik © H. Collon/Vues sur Scènes

Les instruments réunis prouvent leur originalité dans un contexte jazz où ils ne sont pas toujours très présents. A commencer par le sitar, qui y est trop rare (on retiendra néanmoins sa présence dans le groupe nantais Mukta). Ses longues introductions plongent le public dans l’univers des musiques indiennes, toujours plus audacieuses au fil des compositions. Le rapport au rythme est mis en valeur par la présence du percussionniste Khalid Kouhen et du batteur Antoine Banville. (Il est important de souligner à ce sujet que Stefanus Vivens tire cette sensibilité au rythme de la pratique des percussions en tous genres et de ses collaborations marquantes avec Shyamal Maïtra et Minino Garay.) L’ensemble des musiciens est soutenu par les lignes de basse telluriques de Jean-Luc Lehr. Les compositions sont toutes des chefs-d’œuvre qui, de surcroît, réjouiront les auditeurs non initiés au jazz, car les univers musicaux qu’elles recouvrent sont larges : salsa, rumba, mambo, musiques indiennes et, au sens plus large, latino-arabes… Les innombrables couleurs apportées par la polyphonie des claviers sont l’occasion de renforcer un tableau toujours plus complet sur le plan mélodique. Les improvisations de Magik Malik (qui aime à mêler les effets électroniques aux merveilleuses sonorités de sa flûte) apportent une souplesse de phrasé que la chanteuse Siän Pottok s’empresse d’accompagner. Les lignes de sitar évoquent le mystère de toute ces cultures traversées. Le piano de Vivens assure la part de jovialité d’une musique qui coule de source et dont les harmonies multiculturelles fournissent une accroche palpitante. On apprécie sa technique surprenante, notamment une vélocité qui comblera de nombreux pianistes.


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Jean-Luc Lehr © H. Collon/Vues sur Scènes

« Freedom for Seeds » : une occasion unique de montrer à un public non initié au jazz que celui-ci est la source de nombreux courants musicaux. Encore une formation originale et élogieuse que le Jazz Club d’Auxerre a su concocter avec succès. Avis aux programmateurs souhaitant élargir leur public…