Scènes

Südtirol Jazz Festival (Alto Adige), 32e édition (IV)

Les deux dernières journées du festival. Metal-O-Phone, Ping Machine, et retour en France.


Nicola Ciardi, fondateur du festival, évoque souvent le festival de Mulhouse, et Paul Kanitzer, comme ayant été un exemple, pour le premier, et pour le second, un ami. Klaus Widmann poursuit l’aventure. En cette fin de semaine, nous avons vibré avec Metal-O-Phone et Ping Machine. Et le tout, en altitude !

Au bout d’un certain temps de présence à Bolzano (Bozen), on se rend compte que la persévérance du fondateur du festival, Nicola Ciardi, attaché à soutenir une programmation jazz axée sur des formations issues du free jazz et de provenance européenne, se maintient avec son successeur ; ce n’est pas sans rapport avec des entreprises voisines en France, comme celle de Mulhouse par exemple, ville qui n’est pas très éloignée géographiquement. Et lors des deux entretiens rapides que j’ai eus avec Nicola, il m’a parlé de son « alter-ego » français, Paul Kanitzer.

Mais entre la surchauffe du « Noumatrouff » en août, que j’ai pu apprécier une fois en 2004, et l’air des montagnes qui règne ici, au point que les petites laines sont souvent de sortie, pas de rapprochement possible. Sans compter que les lieux de concerts sont souvent de beaux hôtels de montagne, comme à Renon (Ritten), où jouait Metal-O-Phone ce 4 juillet à 14h00. On atteint le village par ce que les Italiens nomment un « funiculario » et que nous appellerions plutôt un téléphérique. La vue est évidemment somptueuse sur les Dolomites, montagnes violemment découpées, et l’on se prend à rêver en arrivant au Parkhotel Holzner de passer une semaine en pension dans ce havre de paix, pour le coup plus « tyrolien » que la ville. Rêves, je le confiais à Leïla Martial, qu’il faut manier prudemment car on risque l’ennui assez vite. En retour, elle me disait avoir parfois un peu de nostalgie de ses Pyrénées natales. Heureusement que Joachim Florent, Benjamin Flament et Elie Duris étaient là pour nous sortir de ces torpeurs.


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Photo Philippe Méziat

Sous un sapin plus que centenaire, Metal-O-Phone débute son concert par un solo de contrebasse à l’archet (Joachim Florent) et, après une rapide mise en place de boucles rythmiques, le thème peut s’épanouir, avec des effets de saturation des lamelles du vibraphone. Beau thème, dont la structure générale et les accents - technologie moderne mise à part - peuvent faire penser à l’association ancienne mais célèbre entre Gary Burton, Steve Swallow et Roy Haynes. Ce que confirme la ballade qui suit, avec cette fois les ailettes du vibraphone qui produisent le vibrato dont Gary Burton fut l’inventeur. Un concert très applaudi, entre autres par des spectateurs réveillés de leur sieste et finalement très contents de l’être.

Retour au Museion le soir même, pour une belle prestation de Ping Machine sous une pluie fine mais insistante. Ici on est habitué, personne ne bouge, on revêt les petits imperméables distribués par l’organisation et on écoute. Disposé en demi-cercle et non frontalement comme les big-bands, ce bel orchestre joue « Encore », « Grrrrr » et un troisième morceau dont le nom m’a échappé. A la disposition près, une instrumentation assez classique à quinze, avec de belles parties écrites pour les cuivres et d’excellents solos de Paul Lay (piano) et Guillaume Christophel (saxophone baryton).


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Photo Philippe Méziat

J’ai quitté Bolzano (Bozen) plus tôt que prévu, mais j’aurai au moins profité pendant le trajet de la présence de Yan Joussein, batteur du groupe Pipeline (entre autres), qui rejoignait Raphaëlle Rinaudo à Marseille, avec un détour par Paris. L’occasion pour lui, entre l’évocation de musiciens qui ont compté dans son parcours, de me dire à quel point ces voyages, ces déplacements plutôt, qui font partie du métier et affichent parfois des profils étranges, peuvent aussi être pris comme des occasions uniques, non pas de visiter des pays inconnus, mais d’éprouver des sentiments vis à vis de ces parcours bizarres. Et de me dire comment, lors d’une tournée en Allemagne marquée d’un saut de puce à Rome, il avait marché quatre heures rien que pour « sentir » la ville, ou comment, lors d’un « tour » du groupe Rétroviseur en Allemagne anciennement de l’Est, Yoann Durant, Stéphan Caracci, Fanny Lasfargues et lui avaient joué dans de petits villages perdus où les accompagnateurs leur montraient le supermarché du coin, la piscine, la mairie, tous établissements d’une banalité totale, et que cela leur avait laissé au bout du compte des souvenirs bien plus forts que des visites organisées dans des lieux illustres. Des propos en décalage avec le discours habituel. Ce qui ne veut pas dire, mesdames messieurs les « tourneurs », que vous pouvez faire n’importe quoi dans ce domaine !