Chronique

Surnatural Orchestra

Clameurs

Label / Distribution : Auto Productions

On sait bien, depuis longtemps et malgré les réguliers marronniers sur les vinyles, que le format universel du disque, c’est mort. On peut se réjouir d’acquérir des K7 [1] en attendant le revival des minidiscs, mais personne ne fera aussi bien que le Surnatural Orchestra. Dans leur volonté très syncrétique de mélanger les arts et les modes d’expression, le Surnat a toujours fait en sorte que leurs disques ne rentrent pas dans les cases. Au sens strict : entre Ronde en bois, Tall Man Was Here à la craie ou Profondo Rosso hors normes, on croyait avoir fait le tour. C’était compter sans Clameurs, le nouvel objet du grand format libertaire, qui est un disque sans disque : un puzzle dans une petite boîte qui reconstitue un QR code. Une idée de génie, tellement Surnat’ dans son approche et sa conception.

Mais quel que soit le flacon, c’est bien le parfum qui enivre. On peut compter sur l’imaginaire de l’orchestre pour nous emmener dans leur univers. Loin de Pic et des aventures circassiennes, on retrouve avec « Sa Majesté » et le travail de la flûtiste Cléa Torales, une des pionnières, la marque habituelle du Surnatural Orchestra, entre onirisme et mouvement. Il y a certes des atomes fanfarons dans Clameurs, mais on reste toujours très impressionné par la grande amplitude des arrangements, et ce rapport très spectaculaire au chant et à la théâtralité (« Embrouille » par le saxophoniste Camille Secheppet, mais aussi « Homme nu et embêté » de Nicolas Stephan). La patte Surnat’ est assurément toute présente dans Clameurs, sans qu’on y trouve quelque élément de redite, même dans les joyeux motifs répétitifs de Léa Ciechelski (« Clameurs : Outro Full of Nothingness »).

C’est avec « ZutZutSuite », encore de Torales, qu’on entre dans une forme de chimie pure avec cette mécanique impressionnante qui prend la suite d’une dissonance de guitare. Le Surnatural Orchestra est toujours cette machine impeccable, qui s’appuie sur une base rythmique solide et partagée, où l’on aime retrouver Fabien Bellefontaine, Iannik Tallet ou l’incroyable tromboniste basse Bertrand Landhauser. Voici donc le dixième artefact à musique potentielle proposé par cet orchestre hors du commun. Il mérite toutes les clameurs.

par Franpi Barriaux // Publié le 14 juin 2026
P.-S. :

Nicolas Stephan (ts, voc), Basile Naudet, Priscilla Popiolek (g), Bertrand Landhauser (btb), Camille Secheppet (as, cl), Clea Torales (fl, as), Adrien Duterte, Fanny Martin (fl), Elodie Pasquier (cl), Fabien Debellefontaine (sousa), Jeannot Salvatori (bs), Fabrice Theuillon, Martin Oger-Daguerre (as), Francois Roche-Juarez, Hanno Baumfelder, Martin Gilloire, Morgane Pommier (tb), Guillaume Dutrieux, Judith Lune Jansen, Julien Rousseau, Nicolas Souchal (tp), Guillaume Christophel (ts, cl), Léa Ciechelski (fl, ss), Ianik Tallet (d)

[1Et ça rappelle les mixtapes des premiers émois adolescents pour qui a blanchi sous le harnais…