Scènes

Sylvain Cathala aux Trois Pièces (Rouen)

Dans une ville qui peine à présenter des groupes de jazz contemporains hexagonaux, la venue régulière d’un musicien de la trempe de Sylvain Cathala est toujours un événement. Vu la période, on pouvait même parler d’étrennes avant l’heure…


Dans une ville qui peine à présenter des groupes de jazz contemporains hexagonaux, la venue régulière d’un musicien de la trempe de Sylvain Cathala est toujours un événement. Vu la période, on pouvait même parler d’étrennes avant l’heure…

Après un concert de son Olympe trio l’an dernier, Sylvain Cathala revient à Rouen avec son trio habituel, la rythmique roborative Christophe Lavergne (batterie) / Sarah Murcia (contrebasse). On les y avait déjà vus il y a plus d’un an, mais cette fois le contexte est différent : ils ont enregistré quelques jours plus tôt, au Périscope de Lyon, un concert qui fournira la matière de leur deuxième album après Moonless (ELU Citizen Jazz). Le programme du soir mélange des morceaux du futur album et de l’ancien, démontrant une continuité dans le temps ainsi qu’une cohésion renforcée entre ces trois solistes. Certains morceaux n’ont pas encore de nom. Ils sont le fruit d’un travail en constant développement, et optimisés par la tournée en cours. La musique s’affranchit peu à peu de sa filiation avec Steve Coleman pour trouver une voie plus personnelle, où la concision du ténor éloigne toute tentation mystique.


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Photo Franpi Barriaux

Les morceaux prennent le temps de s’installer, s’étirent sans jamais lasser ; on s’immerge dans une musique urbaine, pleine de profondeurs et de détours, qui met en avant l’écriture très fine de Cathala. Ce triangle aux angles saillants construit sa base solide sur une dynamique d’échanges et de retour constants, de circulations idéales où la clarté des polyrythmies complexes, même les plus bancales, semblent posséder une formidable assise. Chacun prend ses responsabilités aux côtés d’un leader qui préfère indiquer la direction plutôt que de s’en emparer. On le constate tout particulièrement quand la contrebassiste entame une « Black Dance » par un jeu ferme, admirable de rondeur et la musicalité - un jeu sans ostentation mais toujours précis et bouillonnant. La frappe sèche de Christophe Lavergne, coloriste et expressive, construit avec Sarah Murcia mieux qu’une paire rythmique : un écrin idéal. Un échange plein de densité dont s’extraient les traits lumineux du ténor de Cathala. C’est avec beaucoup d’impatience qu’on attend l’album, qui sera sans nul doute plein de surprises…