Tatiana Paris

Thalle

Tatiana Paris (g, voc, synth modulaire, objets, divers), Rachel Langlais (el org)

Label / Distribution : Carton

Figure incontournable de la scène expérimentale française, la guitariste Tatiana Paris livre avec Thalle un deuxième album presque solo, dans la lignée de Gibbon. « Presque », car la claviériste Rachel Langlais vient lui prêter main-forte sur deux des neuf pistes du disque (Thalle 1 et Thalle 2), qui en forment le cœur battant.

Le thalle, qui donne son nom à l’album, désigne le corps végétatif non différencié de certains organismes immobiles. Comme les lecteurs de Citizen Jazz titulaires d’un doctorat en biologie se comptent probablement sur les doigts de la main gauche de Django Reinhardt, une petite clarification s’impose. Le thalle caractérise une forme végétale primitive (comme le lichen ou l’algue) dépourvue de racines, de tiges ou de feuilles. Sans organes spécialisés, chacune de ses cellules fait globalement la même chose : elle croît et elle se nourrit. C’est une vulgarisation extrême, mais elle permet de saisir l’idée. Heureusement, la transposition musicale qu’en opère Tatiana Paris se révèle plus subtile.
Armée de sa guitare, de sa voix et d’une multitude de bidouilles analogiques, elle nous immerge dans des abysses où le temps perd de sa réalité et de son inexorabilité. Dans cet environnement aquatique, dénué de toute menace, le merveilleux surgit au gré des courants. Sous l’eau, alors que nos mouvements se font lents et que notre champ de vision se réduit à la lucarne d’un masque de plongée, nous découvrons une flore d’une étonnante harmonie : organique, mouvante et sensible.
Avec Thalle, Tatiana Paris confirme qu’elle a choisi la voie d’une liberté totale par la résilience sonore. Elle nous prouve que la beauté réside aussi dans le hasard des juxtapositions, pour peu qu’on s’abandonne à leur écoute avec une oreille ingénue.