Scènes

The LS Jazz Project - Bearzatti/Tocanne à Lyon

A entendre la rengaine préférée d’une intelligentsia réaco-conservatrice de l’Education Nationale, il paraît que le niveau baisse… Sauf au Collège Jean-Baptiste de la Salle, où il y a de la résistance…


A entendre la rengaine préférée d’une intelligentsia réaco-conservatrice de l’Education Nationale, il paraît que le niveau baisse… Sauf au Collège Jean-Baptiste de la Salle, où il y a de la résistance…

Saison 2013 « The LS Jazz Project »
Francesco Bearzatti (saxophone, clarinette) et Bruno Tocanne (batterie)
30 novembre 2012,
Collège JB de La Salle, Lyon 4ème

A entendre la rengaine préférée d’une intelligentsia réaco-conservatrice de l’Education Nationale, il paraît que le niveau baisse…
Sauf au Collège Jean-Baptiste de la Salle, où il y a de la résistance…

D’abord, il faut prendre de la hauteur, sur la colline de la Croix-Rousse, celle des Soyeux lyonnais. Ensuite, ce que propose le projet pédagogique d’Yves Dorison, conseiller principal d’éducation dudit collège, c’est de la grande classe ! Dérouiller les oreilles de ses ados biberonnés à Rihanna ou Justin Bieber en leur présentant des jazzmen reconnus sur les scènes internationales, c’est un pari risqué mais tenu.


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Francesco Bearzatti Photo Hélène Collon/Objectif Jazz

Ce 30 novembre 2012 a donc lieu devant un parterre acquis à la « cause », le second concert de la 3ème saison du LS Jazz Project au collège, où les jeunes sont entièrement partie prenante (son, lumière, organisation, site web, interview des musiciens). Lorsque le CPE est aussi un photographe passionné de jazz et un inconditionnel militant pour l’accès à la culture, on « élève » le niveau et les collégiens n’ont qu’à bien se tenir : quatre concerts obligatoires pour les 4ème, les deux premiers rangs de la salle occupés par des « petits sixièmes » aux mines ébahies, volontaires et plus sages qu’en cours de français.

Pour le batteur Bruno Tocanne, un des protagonistes de la soirée et pédagogue reconnu, se mettre à la portée du premier collégien venu est une seconde nature. Quant au saxophoniste italien, en revanche, c’est une première. Eviter de se les mettre « ados », quel savoureux challenge !

De portée, il n’y avait que des traces sur les murs de la salle de musique du Collège Jean-Baptiste La Salle. Car nul besoin de notes sur papier ou de grilles, place à l’improvisation en liberté. La conjonction Bearzatti – Tocanne ne s’était présentée qu’une fois, en 2006, dans le ciel du jazz, à l’occasion de l’émission À l’Improviste d’Anne Montaron sur France Musique, en trio avec Régis Huby au violon. Cette fois, dans le firmament lyonnais, par un soir de pleine lune, des ados en ont pris plein les feuilles. Des sons comme des étoiles, des instruments en métamorphose, de l’énergie en barre…


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Bruno Tocanne Photo Hélène Collon/Objectif Jazz

Pendant près de 40 min, Bruno Tocanne et Francesco Bearzatti entreprennent un inventif dialogue, presque en face à face. L’un, toujours en mouvement, pose une sorte de thème et variation sur un air populaire, passant du saxophone à la clarinette. L’autre, derrière sa batterie, remue à peine, balaie ses toms en créant une atmosphère bucolique pour le sax aux faunes… Un pivert au bec de clarinette tape sur le tronc ; l’improvisation se libère des branchages, prend des tournures plus dissonantes, distordues, traverse la matière cuivre pour se transformer en bois de guitare. La transmutation prend racine à partir de la pédale que Francesco actionne et, devant les enfants médusés, des sons inattendus sortent de son sax ; une guitare saturée emplit la salle sur les rythmes rock de maître Tocanne. Puis des cascades de notes sortent du sax’eau. Les sons de la nature aquatique redonnent de la sérénité à ce duo branché rock. Les feuilles des jeunes pousses ont pu se défroisser bien avant le printemps !

En conclusion, Francesco Bearzatti sert à l’auditoire une reprise polyphonique du « Mood Indigo » de Duke Ellington au clarisax (ou à la saxinette, comme on préfère) en embouchant ses deux becs simultanément, comme une gourmandise avant le repas du soir… Et dans un dernier morceau d’inspiration afro-cubaine, Bruno Tocanne, droit comme un moine zen, laisse son comparse faire le show avec les collégiens. Celui-ci se lance dans une leçon de « Répétez après moi » en scandant deux mesures simplissimes et, avec espièglerie, fait chanter toute l’assistance. Simplicité mais engagement, humilité mais exigence ; de ces qualités, ces musiciens ne sont pas avares. Le jeune public pourra retrouver Bruno Tocanne lors du « LSP Three » en février 2013, accompagné du délicat trompettiste Fred Roudet et du guitariste Rémi Charmasson.

Voir le photo-reportage du concert.