Scènes

The Volunteered Slaves au Manu Jazz Club

Un groupe compact, le souffle bienfaisant d’un funk jazz sans âge, une salle bien remplie, des spectateurs ravis de ce que The Volunteered Slaves leur ont apporté sur un plateau ruisselant de sueur.


Un groupe compact, le souffle bienfaisant d’un funk jazz sans âge, une salle bien remplie, des spectateurs ravis de ce que The Volunteered Slaves leur ont apporté sur un plateau ruisselant de sueur. La troisième séance du Manu Jazz Club confirme que ce nouveau rendez-vous devrait, au fil des mois, combler un manque que les Nancéiens soulignaient depuis longtemps.

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Olivier Temime (The Volunteered Slaves) © Jacky Joannès

Emmanuel Duprey sera d’accord avec nous : The Volunteered Slaves est d’abord un groupe, un vrai, à la solidarité enthousiaste. Le pianiste survolté – toujours en mouvement, éprouvant même des difficultés à quitter ses instruments lorsque ses camarades effectuent un ultime salut après le rappel hommage à Marvin Gaye – défend avec passion la cause d’une formation qu’on guette du coin de l’œil (ou plutôt de l’oreille) depuis une dizaine d’années et trois albums revigorants, dont le récent The Day After a vu le jour à la fin de l’année dernière. Six musiciens et un amour immodéré de la soul music, du funk et du jazz, un plaisir partagé prenant la forme d’un sourire affiché sur chaque visage.

Tout commence par « Trescundeola » de Joe Henderson, qui ouvrait Streetwise en 2005 et s’enchaîne avec « I Want You Back » des Jackson Five, hit mondial dont la reprise figurait au programme de Breakfast In Babylon (2008). Le ton est donné, on sait qu’on ne s’ennuiera pas une seconde durant les deux sets annoncés. Le public réagit bien et vite aux premiers chorus : au centre de la scène, Olivier Temime, toute crête dehors, souffle le feu au saxophone ténor. Il est aussi le maître de cérémonie, en toute décontraction. Après tout, on est là pour passer un bon moment. Duprey virevolte, passe d’un Fender Rhodes à l’autre et ne cesse d’échanger des regards complices avec Julien Charlet, qui lui fait face à la batterie. Ce dernier appuie son jeu très explosif (et binaire quand il le faut) sur la basse électrique d’Akim Bournane qui offre un contraste saisissant : il est assis, presque immobile et néanmoins pourvoyeur d’un groove implacable. A l’évidence, les poumons du groupe sont là. Et pour compléter le tableau de famille, Arnold Moueza aux percussions, dans le rôle du coloriste subtil et discret ; à la guitare, un remplaçant de luxe en l’absence d’Hervé Samb, indisponible : Jean-Marie Ecay qui trouve très vite sa place et imposera, surtout pendant le second set, ses couleurs très teintées de rock. Une belle présence, quand on sait que c’était son deuxième concert avec le groupe. La suite sera consacrée au répertoire du dernier album, qu’il s’agisse de reprises (The Stylistics, et surtout un enchaînement à couper le souffle de « Rock It » d’Herbie Hancock et « Don’t Stop Till You Get Enough » de Michael Jackson) ou de compositions originales (souvent signées Duprey). Peu de pauses durant ces deux heures, à l’exception de « Long Legs », une ballade sans percussions. La musique chante, les thèmes sont accrocheurs (« Snake’s Stairs », « No Matter What They Say »), et le groupe donne le meilleur de lui-même avec « Tahrir Square », évidemment en hommage au Printemps arabe. Temime déploie toute la richesse de son jeu, souple et puissant, dans le sillage de Joe Henderson, l’un de ses maîtres.

Même si l’on s’étonne de voir assez peu de jeunes parmi le public [1], on est surtout satisfait de voir que The Volunteered Slaves a mis tout le monde dans sa poche. Une heure après la fin du concert, il en est encore qui bavardent tranquillement au bar en compagnie des musiciens, eux-mêmes ravis de ces échanges de fin de soirée.

par Denis Desassis // Publié le 20 janvier 2014
P.-S. :

Akim Bournane (basse), Julien Charlet (batterie), Emmanuel Duprey (claviers), Jean-Marie Ecay (guitare), Arnold Moueza (percussions), Olivier Temime (saxophone ténor).

[1Et ce n’est pas une question de moyens car le jeudi – jour des concerts du Manu Jazz Club – est devenu, pour bon nombre d’étudiants, un rendez-vous qu’on qualifiera de festif et qui leur coûte beaucoup plus cher qu’une place au Théâtre de la Manufacture.