Scènes

Un tour de Pégazz sur l’Hélicon

Une soirée au Pégazz Festival


Le 3 octobre 2025 se tenait, à l’Espace culturel Gérard Philipe de Fontenay-sous-Bois, la cinquième édition du festival organisée par Pégazz & l’Hélicon, laboratoire de musiques improvisées dont la direction artistique partagée est entre les mains expertes de Marc Benham, Delphine Deau, Paul Jarret, Grégoire Letouvet, Raphaël Schwab et Julien Soro.

Sarah Murcia et Kamilya Jubran © Maxim François

La première partie du concert réunissait le duo formé par Sarah Murcia, contrebassiste, et Kamilya Jubran, oudiste franco-palestinienne. Celle-ci assure de magnifiques parties vocales, en plus de son jeu raffiné et complexe au oud. La contrebasse de Murcia joue un rôle profondément mélodique, allant bien au-delà du simple accompagnement. Elle fait un usage constant de techniques étendues, explorant tout le potentiel expressif de l’instrument. La musique du duo ne sonne pas comme du jazz, mais plutôt comme un ensemble de chansons complexes, aux structures mélodiques et rythmiques denses, empreintes de profondeur et de liberté.
C’est une musique expressive, marquée par une certaine angoisse, sans joie, mais d’une grande beauté. On y perçoit une intensité émotionnelle contenue et méditative. L’un des moments forts fut une pièce en mesure à sept temps, d’une grande beauté, avec modalisme et passages synchronisés, révélant le dialogue subtil entre les deux instruments. Il y avait de nombreux enfants dans le public, écoutant avec attention et concentration — un détail à la fois pédagogique et prometteur, car il représente le public de demain. La dernière pièce, “Malheur”, reflète la condition palestinienne : la souffrance, la persistance de la douleur. Comme l’a dit Jubran, « Il est impossible d’oublier le malheur ; on s’éveille avec un autre, il nous rattrape toujours. ».

Triceratops © Maxim François

Le groupe Triceratops, dirigé par le pianiste Marc Benham — également responsable des compositions et des arrangements, en plus de jouer de l’orgue — a clos la soirée. Outre le pianiste, le trio est composé de Fidel Fourneyron (trombone) et François Merville (batterie et percussions), une combinaison insolite mais remarquablement exploitée. Les chanteuses Célia Tranchand, Léa Castro et Laurence Ilous ont participé à plus de la moitié du concert, dans de superbes chœurs, souvent marqués par des écritures vocales complexes. Le groupe développe une musique aux formes soigneusement construites, où l’écrit prime sur l’improvisé. On y trouve un collage intéressant de divers styles historiques du jazz, interprétés avec la maîtrise de musiciens qui connaissent intimement la tradition. On notera particulièrement “Opuscule”, avec un magnifique chœur à trois voix et un trombone bouché, ainsi qu’une belle chanson d’inspiration brésilienne aux réminiscences jobimiennes et aux accents de l’école d’Hermeto Pascoal. Le concert s’est conclu par l’exécution d’une pièce de François Couperin, « Le Dodo ».