Scènes

Uzeste Musical (1)

Un journal des Manifestivités…


Un journal des Manifestivités…

Il était une fois Uzeste Musical
Petite présentation : Uzeste, c’est un petit village, situé à 60 km au sud de Bordeaux. C’est là que Bernard Lubat est né, a grandi, a appris l’accordéon avec son père Alban Lubat, puis le piano. Il est parti à Paris et après un premier prix de percussion au CNSM, il a fait le métier et a joué Solal, Ponty, Getz, Portal pour ne citer qu’eux. En 1978, Lubat remonte dans son village et joue comme ça, par hasard dans la Collégiale. Il découvre qu’ici il est libre. Uzeste sera alors le terrain d’un « festival » (on ose à peine dire le mot) hors norme, ouvert à tous les possibles et à diverses formes d’expression. Cette année était un peu particulière puisqu’on fêtait les 25 ans des « Hestajadas de las Arts » [1].

Uzeste, on peut le fantasmer comme je l’ai fait. A travers les photos de Guy Le Querrec, en regardant le documentaire de Patrice Rolet de 1996, en lisant des papiers à droite et à gauche et pour une touche plus personnelle en le ratant splendidement l’an dernier.
Comme c’est un baptême, il faudra que les expérimentés d’Uzeste me pardonnent quelques naïvetés et que ce journal donne simplement l’envie aux autres d’y aller ne serait-ce qu’un jour ou deux.
Bonne lecture.

Dimanche 18 août

Le négociant en vin qui nous a pris en stop à la gare de Langon (à 15km d’Uzeste) nous explique que le festival n’est pas très bien vu dans la région. Le père Lubat en voulant le colorer de rouge s’est mis bon nombre d’élus à dos et la grève d’il y a 2 ans n’a pas arrangé la situation. Faire de la musique, du théâtre, etc. dans ces terres est semble-t’il toujours aussi suspect.
Arrivé à Uzeste, on prend le pouls. Le village est calme, la Compagnie est allée investir la commune voisine : Pompéjac. On grignote quelques gâteaux achetés à la boulangerie en regardant des cracheurs de feu, danseurs de claquettes et autres musiciens s’exercer devant le Café des Sports.
D’autres musiques résonnent derrière nous, c’est à Kestion d’Etique que ça chahute. La cour intérieure d’une maison est transformée pour l’occasion en lieu de concerts, pour les artistes « off ». Comme il fait chaud on se rafraîchit, et puis il faut fêter notre arrivée dans les terres de Lubat !
Le vin rouge est disons robuste, mais on le boit sans sourciller au son de musiques dansantes ou d’inspiration indienne. Ce sont sûrement des jeunes qui ont suivi les quatre jours de stage précédant le festival ; le niveau d’ensemble est très bon. Un guitariste vole la vedette à tous ses camarades en improvisant de très belle manière des chansons avec des mots soufflés par le public. On va se coucher en ayant un peu mal au ventre…mais c’est une entrée en matière plus que réjouissante.

Lundi 19 août

Il faut prendre ses repères dans le village. Bien que relativement petit, on peut perdre de précieuses minutes pour trouver le lieu d’un spectacle.
A ma droite, la Collégiale, la Menuiserie, à ma gauche (très important ici) les deux Parcs et en face un espace où sont rassemblés les différents stands et où se tiendront les débats et autres apéros swing. Le fameux Estaminet, épicentre de la création locale est un peu plus haut.
Il paraît que les concerts sont trop chers à Uzeste. C’est un peu vrai si on les prend séparément (20 euros pour le concert du soir par exemple), mais il y a un abonnement plus qu’intéressant à la semaine de 85 euros.

Lubat ouvre le festival à sa manière, soulignant brièvement que ça fait 25 ans que ça dure. Il s’étonne ensuite de trouver si peu d’élus (tiens, tiens), et rajoute qu’ils ont toujours eu peur de se faire engueuler en venant ici ! Il rappelle donc que s’il est de « gauche, c’est bien parce qu’il est mal-à-droite » et fustige notre éducation judéo-crétine …ne pas s’étonner qu’il n’y ait plus de concerts dans la collégiale. Il salue aussi son professeur du conservatoire qui est venu l’entendre sonner l’appel du tambour avec la Compagnie (tous aux percussions) et le fiston Louis.

La très chaude après-midi est occupée à se promener dans les Landes et surtout à aller retirer de l’argent dans les environs puisqu’il n’y a pas de distributeur à Uzeste.

On se presse ensuite à la Menuiserie pour entendre François Corneloup. Tous les jours, il donnera un concert en solo qu’il terminera avec un ou des invités.
Ici, c’est un travail impressionnant sur la matière sonore, les ruptures de tons qu’il offre : de graves appuyés à des suraigus stridents. L’engagement est total, ce qui est loin d’être évident, vu la température ambiante. Quand Fabrice Vieira et Patrick Auzier viennent le rejoindre, ça devient extrêmement brutal. « Totalement invendable !! » hurle Corneloup qui termine là un premier concert en forme de coup de pied auditif.
Minvielle affichant complet pour l’inauguration de l’arrière-cour de l’Estaminet, on se rabat sur de délicieuses pommes de terre arrosées de foie gras et de magret.

Bernard Lubat est venu jouer quelques valses à l’accordéon avec Michel Macias pour accompagner ce début de soirée. Les enfants dansent, renforçant le côté kermesse qui se dégage de cette belle musique.


Les feux qui bordent l’avenue au Parc Lacape donnent l’impression de pénétrer dans un antre, un rendez-vous de sorciers. Cela contraste en tout cas avec ce qui va suivre. Projection vidéo : un homme en armure, conduit au centre d’un labyrinthe en verre, le détruit entièrement. L’absurdité du geste, la longueur (une demi-heure) et sa violence déclenchent des réactions elles-mêmes de plus en plus violentes dans le public. Et ce n’est pas Lubat qui viendrait calmer les gens, bien au contraire.
Il y a donc les Cinco de la tarde, pour renvoyer des ondes plus positives. Ensemble généreux, partagé entre un flamenco traditionnel et des territoires moins ensoleillés ; il sera l’occasion d’entendre un bel affrontement entre Minvielle et Mipuente. Par contre, on est en droit de se demander ce que fait là Francis Marmande. Le programme l’excuse à moitié : Marmande (contrebasse approximative).

Et surtout, surtout, il y eut Arthur H le président d’honneur ou d’horreur selon ses propres mots. Laissant d’abord la Campagnie des Musiques à Ouïr déblayer le terrain (et de quelle manière), il arrive comme un vacancier de passage, pose son bel organe grave dans une improbable jungle de sons. Le cadre des chansons d’Arthur H (Hollywood, La lune, Les pieds Nickelés, Johnny Palmer…) s’offre pleinement au souci collectif, jubilatoire et parfois étrange qui règnera pendant cette soirée. Par exemple, ce curieux final, commencé au dolomb par Arthur H qui laissait présager son tube « La lionne et l’éléphant » , mais qui se termine en une improvisation psychédélique à laquelle participera une spectatrice .
A l’Estaminet la Compagnie Lubat fait danser, ce sera sans nous puisque les gens qui ne sont pas venus au concert du soir ont pris leurs quartiers depuis longtemps.

Le coin de la-matrice (authentique découvreuse uzestoise vierge de tout jazz) :

Bandes de sorciers !
Au village d’Uzeste il se passe des choses pas très catholiques. Des irréductibles nous ensorcèlent de quelques coups de baguettes magiques tandis que des lutins font sortir de la forêt crocodiles, rainettes et autres araignées à moustaches. Les accordéons entraînent nos pieds dans un tourbillon de farandoles et les joueurs de pipeau charment une file d’enfants et adultes qui les suivent dans tout le village.
On y trouve même un Gépetto qui nous attire dans son antre a l’aide de ses créatures a sons.
Etranger, si tu passes par ici, tu es averti, il est dur d’en partir…

par Charles de Saint-André // Publié le 22 décembre 2002

[1Pour information, la Compagnie Lubat est composée d’un noyau dur : Patrick Auzier (trombone, feux d’artifices en tout genre) qui est là depuis le début, André Minvielle (chant, percussions) arrivé en 1985. Actuellement on y trouve aussi Arnaud Rouanet (saxophone), Yoann Scheidt (batterie), Fabrice Vieira (guitare, chant), Nathalie Boiteaud (actrice), Jean Luc Garot (percussions).
Pour plus d’informations, des photos, des vidéos : http://www.uzeste.com. Le programme complet se trouve ici : http://www.uzeste.com/pages/navigation/pages/fete02.htm