Vincent Lê-Quang voit double au Petit Faucheux
Le saxophoniste invite à découvrir un nouveau duo avec Claude Tchamitchian et redonne des couleurs à son quartet.
Vincent Lê-Quang Quartet © Rémi Angéli
Soirée Vincent Lê-Quang au Petit Faucheux jeudi 21 mai pour deux concerts qui mettent en valeur un jeu de saxophone délicat et un univers défini.
Saxophoniste discret, Vincent Lê-Quang se tient à la croisée de diverses esthétiques qui, si elles peuvent sembler éloignées dans le cadre d’une approche analytique, sont en réalité et tout au moins dans sa pratique, les nombreuses facettes d’une même identité. Celle d’un musicien curieux du jazz le plus souple, de l’improvisation la plus ouverte et de la musique classique comme contemporaine. On l’aura entendu ces dernières années dans les formations de Daniel Humair à qui il donne la réplique avec entrain et intelligence. De même que dans le trio Yes Is A Pleasant Country au côté de la chanteuse pop Jeanne Added et du pianiste Bruno Ruder.

- Vincent Lê-Quang © Rémi Angéli
Ce dernier, en tant qu’artiste associé au Petit Faucheux pour deux saisons, a d’ailleurs tout naturellement convié son vieux camarade de banc du CNSM a présenté un quartet auquel il participe. Réunissant également Guido Zorn à la basse et Joe Quitzke à la batterie, on découvre ce soir-là une autre facette d’un groupe qui avait enregistré Everlasting en 2020 pour La Buissonne, un disque aux indéniables qualités mais dont le choix d’un répertoire très mesuré ne donnait pas une idée exactr=e de l’amplitude dont le groupe est capable. Et dont il ne se prive d’ailleurs pas.
Sans toutefois s’aventurer sur des terrains agressifs, adepte d’un jazz de très belle facture au son rond et plein, les musiciens enchaînent une série de titres inspirés par des sculptures installées le long d’une randonnée au pied du Mont-Blanc. Avec une complicité palpable - quoique pudique - entre chaque membre et une envie évidente de musique, le quartet laisse librement circuler les intentions à l’intérieur de compositions suffisamment mélodiques pour être sensuelles, suffisamment anguleuses pour stimuler l’écoute.
La rythmique génératrice d’une dynamique solide dont elle ne déborde jamais mais qu’elle enrichit constamment alimente l’enthousiasme de jeu d’un Bruno Ruder qui se trouve à la fois dans un environnement qu’il maîtrise complètement et dans un plaisir de jouer plaisant à regarder et à suivre. Par des accords percussifs, des retenues du geste autant que quelques traits chantants placés au bon moment, il est l’aiguillon de Lê-Quang qui, de fait, propose un panel large de ses capacités.
Au ténor, il fait ronfler des graves avec assurance et un propos maîtrisé. Un sentiment de force se dégage de son jeu et s’exprime tout autant dans les moments clairsemés où il fait valoir une articulation d’une grande pureté entre les médiums et les aigus. Également au soprano, il n’a pas ce côté aigrelet que l’instrument peut parfois avoir chez certains pratiquants mais là encore une sonorité remplie, plus droite mais toujours évocatoire. Évocatoire serait d’ailleurs le sens d’une musique qui évoque, convoque et prend par la main sans bousculer, en amenant l’auditeur avec elle dans un moment de partage réussi.

- Claude Tchamitchian et Vincent Lê Quang © Rémi Angeli
C’est également le cas du duo qui ouvrait la soirée. Au côté de Claude Tchamitchian, le saxophoniste a, de manière plus détaillée encore, fait valoir le soin précis qu’il souhaite mettre en avant dans son approche. Des lignes parfaitement équilibrées vont au bout de leur propos, avec une clarté qui dissimule un propos toujours affirmé ; elles invitent à des promenades chaleureuses ou un peu plus abstraites en se lovant avec pudeur dans la basse de Tchamitchian. Ce dernier, avec l’assise qu’on lui connaît, charpente un périmètre mobile au plus près du saxophoniste. Son jeu sûr qui ne cherche pas, lui non plus, à bousculer mais plutôt à accompagner ou révéler, est l’occasion d’une entente pleine entre les deux partenaires.
Construisant un parcours finement choisi où les pièces alternent avec des instants plus anguleux, ils tiennent l’auditoire en haleine avec des moyens expressifs limités ; le duo se passe pourtant aisément de tout effet supplémentaire. Leur art du story-telling sonore en fait deux conteurs passionnants qui jouent une musique poétique d’une retenue néanmoins très lyrique.

