Chronique

Vincent Peirani Living Being IV

Time Reflections

Vincent Peirani (acc), Émile Parisien (ss), Tony Paeleman (kb), Julien Herné (elb), Yoann Serra (d).

Label / Distribution : ACT

Sept ans ont passé entre la parution de Night Walker par le Living Being II de Vincent Peirani et ce nouveau rendez-vous. Mais ne cherchez pas pour autant un Living Being III, car il n’y en a pas. Ou plutôt il n’y en a plus, pour cause de Covid qui, selon l’accordéoniste lui-même, « l’a foutu en l’air ». Ce n’est là qu’un détail après tout, tant lui et ses quatre partenaires – dans une collaboration de près de 15 ans maintenant – semblent maîtriser leur sujet à un point qui force l’admiration. Comme si ce quintet multicolore possédait en lui toutes les musiques, en provenance de tous les continents et de toutes les époques.

Pour mieux procéder à un modelage dont la forme est instantanément identifiable, la complicité entre Vincent Peirani et Émile Parisien n’y étant pas pour rien, tout autant que la science des couleurs de Tony Paeleman aux claviers. Living Being IV, puisqu’il en va ainsi, remonte le temps pour mieux le polir sous des couleurs d’aujourd’hui (« Phantom Resonanz »). C’est sa marque de fabrique. Avec lui, on découvre cette fois une hybridation naturelle des chansons de David Bowie, Queen, Portishead et les Beatles (« Bremain Suite »), Madonna semble danser sur une vague nocturne (« Physical Attraction ») et Lionel Loueke fait figure de héros dans un hommage en deux temps (« Pour L.L. »). Et toujours, un incroyable sens du scénario à rebondissements allié à la force d’évocation de mélodies, présentes dans chaque note jouée, comme sur l’enchanteur « Cabinet des énigmes » qui ouvre ce Time Reflections bien décidé à conquérir nos cœurs d’enfants.

Chacun des musiciens ici en action, au-delà de sa personnalité propre – forte au demeurant – est au service d’un collectif sous l’identité duquel il est parfois question de « musique de chambre ». Peut-être, mais dire les choses ainsi serait sans doute prendre le risque de négliger les poussées rythmiques de la paire composée de Julien Herné (basse) et Yoann Serra (batterie). C’est avant tout le désir de fusion d’une multitude de langages qui éclate une fois encore au grand jour, à même de satisfaire l’appétit de musique de bien des publics, toutes générations confondues. Ces « reflets du temps » sont à l’évidence ceux d’une bande de potes qui n’ont rien à prouver, s’étant fixé pour cap leur plaisir en même temps que le nôtre. Ils y parviennent sans la moindre difficulté.