Chronique

Yuval Amihai Trio

Longing

Yuval Amihai (g), Damien Varaillon (b), Gautier Garrigue (dms).

Label / Distribution : L’Autre Distribution

Trois ans après le remarquable premier disque de son Ensemble, le guitariste Yuval Amihai réduit la voilure et se présente cette fois en trio : il conserve à ses côtés le batteur Gautier Garrigue et intègre à sa formation le contrebassiste Damien Varaillon. Longing – un titre qu’on pourrait traduire par désir – frappe d’emblée par l’impression de paix qui s’en dégage et par la lumière qui l’irrigue tout au long des neuf thèmes qui le composent. Le lyrisme mémoriel qui caractérisait l’album précédent et le faisait chanter cède la place à une évocation intimiste, comme une confidence glissée au creux de l’oreille.

Tout est douceur et élégance dans ce Longing dont la volonté de proximité est soulignée par une instrumentation épurée et l’exposition des mélodies sous forme de ballades au rythme d’un matin calme : fluidité du son de la guitare qui jamais ne recourt aux effets, comme pour mieux perpétuer l’héritage d’un Wes Montgomery ou d’un Jim Hall, pulsion feutrée de la contrebasse, caresse des balais ou swing souriant des baguettes. Un disque classique en quelque sorte, au sens le plus intemporel du mot, mais certainement pas une évocation passéiste. Et comme pour mieux abattre les barrières du temps, les rendre imperceptibles et en démontrer la vanité, Yuval Amihai choisit un répertoire mêlant standards et compositions originales. Si les premiers sont les plus nombreux (six titres sur neuf), la musique jouée est ici une et indivisible. « Skylark », « Lover Man », « Sandu » ou « My Romance » ont le même âge – l’éternelle jeunesse – que les petits nouveaux, « Longing » et « I Understand Now », signés par Yuval Amihai, ou encore le magnifique « Forest, Forgive Them », longue composition (plus de dix minutes) de Gautier Garrigue, peut-être le moment le plus émouvant d’un album dont on ne peut que constater avec ravissement les beautés formelles.

Avec Longing, le guitariste veut à la fois célébrer le chant de son enfance en Israël et cette musique qu’il aime par-delà les frontières et qui le nourrit depuis toujours, ce jazz puisé aux sources de l’Amérique qui, loin d’être mort comme on ne cesse de l’annoncer depuis des décennies, est bien vivant. Yuval Amihai en fait ici la démonstration scintillante.