Chronique

Yves Robert

L’Argent

Yves Robert : conception, tb, réal, arr, électr ; Elise Caron : chant, voix ; Sylvain Thévenard : son, réal, arr, électr ; Jean-Philippe Morel : b, cb, voix

Label / Distribution : Chief Inspector

Plus qu’à un opéra du quotidien, ce nouveau projet du tromboniste français Yves Robert fait songer à une enquête économique, financière, politique mise en paroles et musiques, un reportage passionnant sur l’argent.

C’est là un sujet qui ne peut laisser indifférent, et par une approche transdisciplinaire fort judicieuse, cette thématique est développée en vingt tableaux sonores par les bons soins du tromboniste et de quelques amis comme le batteur Cyril Atef ou la piquante Elise Caron - qui sait vraiment donner de la voix -, sans oublier Sylvain Thévenard, l’ingénieur du son aux manettes électroniques et Jean-Philippe Morel à la basse électrique.

Yves Robert aime les albums conceptuels, et après L’été, puis La tendresse chez ECM, il en vient à ce projet plus « réaliste », tout à fait original, soutenu par le collectif Chief Inspector (distr. Abeille Musique).

Y. Robert a entrelacé les entrevues de différents spécialistes des finances, qui ont tous une relation professionnelle à l’argent et en connaissent les mécanismes les plus subtils, avec les réflexions d’un philosophe et d‘un psychanalyste qui analysent la dimension symbolique de la relation à l’argent.

La démarche musicale est constituée par la symphonie des voix, sur une rythmique captée sur le vif ; les commentaires de chacun des musiciens sont enregistrés en réaction aux paroles des interviewés, leurs interventions verbales étant jugées aussi pertinentes que leur contribution musicale ou instrumentale. Ayant enregistré l’ensemble de ces conversations, Robert a ensuite sélectionné les propos les plus notables, du point de vue de la clarté de l’énonciation, du rythme mélodique, ou de la tonalité.

Si on s’intéresse déjà à Yves Robert, on retrouve bien évidemment une dimension inhérente au travail de ce musicien : l’humour, la distance que la réflexion autorise en encourageant un aspect purement ludique. C’est aussi très instructif, car il n’est ni dérisoire ni anodin de parler d’argent, et même si l’aspect purement idéologique ne prime pas, les mécanismes structurels liés au fonctionnement des banques et de l’actionnariat sont soulignés au passage.

Se succèdent sans temps mort des improvisations libres, des ponctuations drôles, ironiques, décalées ou soulignant certains effets verbaux, où Robert excelle au trombone... mais aussi des moments sans paroles, parfois lyriques, ou plus sensuels, d’autres enfin de pure folie.

Ce projet a été créé sur scène au festival Sons d’hiver cette année, le disque étant le point de départ propice aux développements les plus diverss. Et il est évident qu’il dégagera chaque fois une autre dimension, plus spectaculaire encore que sur cet album sorti sur le beau label Chief Inspector, toujours déterminé à encourager et promouvoir les projets de valeur.