Yvonne Rogers

The button jar

Yvonne Rogers (p)

Label / Distribution : Pyroclastic Records

Jeune pianiste américaine venue du Maine et installée à Brooklyn, protégée de Kris Davis qui la signe ici sur son label et entendu dernièrement au côté de Adam O’Farrill, Yvonne Rogers présente un premier disque en solo qui montre une aisance sur toutes les parties de son instrument mais dessine surtout un portrait musical sensible. Sans être un catalogue de ses capacités, c’est un instantané des différentes facettes de son monde qu’elle développe sans esbroufe entre, comme elle le dit elle-même, « le jeu et le bricolage ».

Ainsi, on appréciera une approche intelligente et variée du piano. Une pratique vive et savante de l’instrument faite de superposition de lignes dont l’empilement complexifie un montage subtilement contrôlé voisine avec des thèmes d’une grande simplicité interpréter avec une retenue pudique qui en fait la valeur immédiate. C’est aussi des basses tâtonnantes qui posent un tapis troué sur lequel sautille une main droite légère et acrobatique, toujours élégante.

Servi par un son à la fois feutré et souple, Yvonne Rogers ne se laisse cependant jamais gagner par une surcharge pianistique qui pourrait gâcher, tout au moins, égarer la ligne claire des compositions. En une série de quelques pistes jamais bien longues, elle pose en effet des climats qui, s’il reste sur des couleurs proches, celles d’harmonies pleines, colorées mais sans fauvisme, et pas non plus diaphanes, sont d’une diversité qui rend le répertoire ferme dans la démarche et des plus agréables à suivre. L’écoute au long cours du disque est, en effet, celui du récital qui prend l’auditeur par la main et le conduit à travers un paysage de sensations surprenantes quoique jamais brutales. La force de ce premier disque en solitaire est justement de poser les bases d’un monde à partager avec les autres plutôt que de le fermer sur lui-même.