Chronique

E.S.T Symphony

Royal Stockholm Philharmonic Orchestra, Hans Ek (dir), Marius Neset (saxes), Verneri Pohjola (tp) Johan Lindström (pedal steel g), Iiro Rantala (p.), Dan Berglund (b.), Magnus Öström (dms)

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

L’idée qui a abouti à cet album ne date pas d’hier. Dès 2003, le très regretté Esbjörn Svensson (1964-2008) avait initié le projet d’une tournée avec un orchestre de chambre, à partir de ses compositions. Huit ans après la mort du pianiste, c’est le chef d’orchestre suédois Hans Ek qui reprend et parachève cette initiative en un disque très réussi, un brin émouvant, intitulé sobrement E.S.T Symphony. Conscient des pièges qui guettent le répétiteur, Hans Ek a d’emblée choisi d’offrir un nouvel itinéraire aux compositions de l’Esbjörn Svensson Trio. Parmi les 13 albums du groupe, dix morceaux ont été sélectionnés et sont interprétés ici par le Royal Stockholm Philharmonic Orchestra.

Partir d’un trio à l’alchimie inimitable pour aller vers un orchestre symphonique, et en l’absence du compositeur et interprète, était risqué, mais aussi libérateur. Car affranchi de tout souci de continuité, Hans Ek s’offre le luxe d’une totale réinterprétation, sans pour autant dénaturer les morceaux et en soignant le choix de ses collaborateurs. Du trio, Dan Berglund et Magnus Oström sont là, et en invités spéciaux le saxophoniste Marius Neset, le trompettiste Verneri Pohjola, le pianiste Iiro Rantala et le guitariste pedal steel Johan Lindström. Autant de personnalités marquantes et investies au service d’une musique mystérieuse et insaisissable. On est frappé par la justesse et la fraîcheur de « Seven Days Of Falling » ou de « Eighthundred Streets By Feet », pour ne citer que ces deux-là.

Un disque subtil, révélant une œuvre qu’il est encore temps de découvrir si l’on est passé à côté d’E.S.T., ou bien à prendre comme un nouvel album du trio. Parce que ce n’est pas tout à fait cela, mais c’est un peu cela quand même. Et c’est là le génie de Hans Ek, qui s’approprie librement les compositions d’Esbjörn Svensson, en se gardant de tout égocentrisme déplacé, pour que seule la musique reste et compte. Celle-ci peut se redire, passer dans d’autres mains sans être démunie de la force qui est la sienne, parce qu’elle est toujours vivante. Difficile d’imaginer plus bel hommage que d’aller au bout du rêve du pianiste. Esbjörn Svensson n’est pas là, mais pourtant tellement présent que cet album est aussi le sien.