Chronique

Kristóf Bacsó Quartet

Nocturne

Kristóf Bacsó (as, ss), Kornél Fekete-Kovács (tp, flh), Mátyás Szandai (b), Ferenc Németh (dms), Kálmán Oláh (p, 4, 5, 6)

Label / Distribution : BMC Records UVM Distribution

Symbole de la vivacité de la génération dorée du jazz hongrois, le quartet du saxophoniste Kristof Bacsó signe avec Nocturne son deuxième album. Tout comme Alteregos, longtemps considéré comme un acte fondateur de cette jeunesse, cet enregistrement en public est publié sur le label Budapest Music Center, accompagnateur fidèle de ces musiciens, anciens pensionnaires de la Liszt Ferenc School et depuis longtemps piliers incontournables des orchestres de Gábor Gadó ou d’Istvan Grencso.

Autour de Bacsó, dont l’esthétique s’inspire autant d’Ornette Coleman que de Lee Konitz, deux autres trentenaires forment le cœur d’une base rythmique élégante et pleine de groove. Dès « Metamorphosis » qui ouvre l’album sur une ligne mélodique que la contrebasse ronde de Mátyás Szandai répète à l’envi, l’entente avec le batteur Ferenc Németh s’impose comme le point central autour duquel s’arriment les deux soufflants.

Tout au long de cet album aux compositions très soignées, Szandai démontre une fois de plus qu’il est actuellement l’un des contrebassistes les plus intéressants d’Europe. Sur le très fébrile « Caffeine Express », il oriente les prises de paroles de ses comparses par des walkings décidés qui imposent son autorité sans ostentation. Pour accompagner Bacsó, on retrouve Kornel Fekete-Kovacs, trompettiste très « wheelerien » qui, appartenant à la génération plus ancienne des Gadó ou des Dresch, dirige par ailleurs le Modern Art Orchestra. Entre unissons et univers très pointilliste, le saxophoniste et son comparse construisent un propos raffiné et extrêmement posé parsemé de réminiscences classiques. C’est notamment au centre de l’album, sur « Mantra in 5/4 » que la notion de Nocturne, qui s’applique aussi bien aux climats interlopes des clubs de jazz qu’aux formes musicales chères aux Romantiques, est la plus évidente.

Lorsque le quartet invite sur trois morceaux le pianiste Kalman Olah, Nocturne prend une dimension différente, en créant des espaces où les dialogues peuvent se multiplier et se différencier. Les interactions rendent alors le discours plus foisonnant sans pour autant qu’il perde sa droiture. Le piano qui se fait rythmicien sur « Lunar Dance » laisse le champ libre à Németh pour dynamiser l’orchestre ; à l’inverse, sur le très beau « Too Many Questions Left », Olah s’engage avec Bacsó dans une oraison vespérale qui s’inscrit parfaitement dans l’atmosphère générale de l’album. Nocturne est une captation en public qui permet de suivre l’évolution de ces brillants musiciens. Ce n’est pas la moindre de ses qualités.