Chronique

Kristóf Bacsó Triad

Pannon Blue

Kristóf Bacsó (ts, as ), Árpád Tzumo (cla), Lionel Loueke (g), Márton Juhász (dms),

Label / Distribution : BMC Records UVM Distribution

Reconnu comme un compositeur et un saxophoniste talentueux, Kristóf Bacsó est indubitablement, dans sa génération, le Hongrois dont la musique est la plus empreinte de l’influence du jazz américain. Après plusieurs albums en quartet, notamment un remarqué Nocturne, c’est désormais dans un trio sans basse qu’il s’exprime. Triad est une formation brillante où l’on retrouve deux jeunes Hongrois accoutumés aux écoles étasuniennes ; le batteur Márton Juhász et le claviériste Árpád Tzumo sont les soutiens presque naturels des lignes claires des morceaux de Bacsó. « Nu Blue », soulignant le goût pour le groove d’un leader très en pointe vis-à-vis de ses compagnons, offre l’occasion d’entendre un jeu plein, sans rupture ni accélération excessive. Les synthés de Tzumo y font souvent office de grain de sable, tout comme la guitare de Lionel Loueke, illustre invité qui insuffle une polyrythmie bienvenue (« Angry Little Pig »).

Loueke est familier des orchestres magyars : dans son album en trio, il joue avec le batteur Ferenc Németh, qui est justement membre du quartet de Bacsó. Ce convive incarne la légitimité d’un musicien qui a fait sa place sur la scène américaine (avec Terence Blanchard ou Herbie Hancock). Mais les racines du guitariste béninois, venues apporter une sensibilité différente, sont tout autant convoquées (« Hanna Is Here »). Il trouve avec Juhász une complicité évidente. Le batteur a longtemps travaillé avec Ibrahima Cheikh Fall et d’autres Hongrois dans le Euro-African Playground et son jeu se colore de sonorités africaines.

Pannon Blue, enregistré en live au Budapest Music Center, peut parfois donner l’impression d’une surface lisse et étincelante, à la limite du clinquant. Il est vrai que les titres courts sont habités d’un lyrisme parfois un peu démonstratif, à l’instar de « Who Never Came Back ». Mais les morceaux plus longs, qui laissent place à des stratégies individuelles, sont suffisamment déconstruits et fougueux pour conserver trace de cette première rencontre chaleureuse et sans frontières.