
Philm
2024+2025
Philipp Gropper (ts), Elias Stemeseder (p), Robert Landfermann (b) Leif Berger (d)

Quatorze ans après sa création et sept ans après son dernier disque, le groupe allemand Philm ? dirigé par le saxophoniste berlinois Philipp Gropper ? revient avec deux disques enregistrés pour le premier dans un ancien cinéma reconverti en studio, et en live à Cologne pour le second.
On retrouve le goût du groupe pour des rythmiques alambiquées et une complexité structurelle qui rend la musique à la fois déroutante et complètement fascinante. S’appuyant toujours, en dépit d’un changement de batteur (Leif Berger remplace Oli Steidle), sur une batterie saccadée qui pose des fondations à la fois solides et dans le même temps heurtées, et sur les cellules mélodiques minimales et incongrues du clavier d’Elias Stemeseder, le groupe avance dans des continuums denses qui sont autant de labyrinthes où les temporalités sont multiples. Ne cherchant ni les emportements ni l’errance systématique, le groupe se met plutôt en quête d’une verticalité proche d’une transcendance.
Le premier disque, 2024, pourrait tenir lieu de carnet d’expérimentation. Plusieurs possibilités compositionnelles sont ainsi inventoriées et permettent de découvrir les capacités de cette formation qui, comme le déclarait Groppe à Citizen Jazz en 2019, joue sur l’interaction et la communion entre ses membres. Ainsi, à partir d’un réseau complexe d’initiatives parfaitement intégrées, chacun semble jouer sa partie de manière autonome, comme le fait la basse fureteuse de Robert Landfermann, alors que se dessine au final un paysage complexe collectif unique en son genre.
Plus direct, plus sensible sans doute, le second disque semble mettre en application les principes du premier avec une immédiateté qui permet de laisser émerger une sensibilité notable. Tout y est toujours aussi composite, pourtant tout avance toujours avec obstination. Pensés en lien avec l’état du monde qui donne le ton général, les morceaux plongent l’auditeur dans un état d’instabilité troué par des accélérations heurtées. Au centre pourtant se dresse, majestueux, le son puissant mais pas hurlant du saxophone de Gropper. Étrangement, tout en s’appuyant fondamentalement sur les propositions de ses partenaires, il développe une musicalité tout en ellipses qui dit beaucoup et offre une expérience sonore particulière et unique.


