Chronique

Adam O’Farrill

ELEPHANT

Adam O’Farrill (tp, elec), Yvonne Rogers (cla), Walter Stinson (b), Russell Holzman (d)

Label / Distribution : Out of Your Head Records

Après For These Streets l’an passé, qui plaçait déjà le trompettiste Adam O’Farrill parmi les musiciens actuels qui comptent sur la scène étasunienne, on attendait une confirmation, le disque qui permettrait de dire qu’il allait sortir d’un rôle luxueux de sideman indispensable pour passer au statut de leader indiscutable. Entendu il y a peu avec Mary Halvorson - il est un des piliers d’Amaryllis -, c’est pourtant Anna Webber que nous évoque “Curves & Convolutions”, le premier morceau d’Elephant. Motif répétitif marqué par le piano d’Yvonne Rogers, jeune pousse de la côte Est dont on entendra sans doute souvent parler, le thème de ce morceau est l’occasion pour O’Farrill de jouer d’une trompette nourrie d’électronique et d’ouvrir des perspectives larges à un quartet solide, dont la mécanique est prompte à se déliter à mesure que la trompette se fait plus atmosphérique.

On retrouvera cela dans le très beau “Eleanor’s Dance” aux arômes d’électro où la trompette paye un tribut à des esthétiques électriques qui sont une partie de l’histoire de l’instrument. Si, là encore, Rogers est omniprésent, c’est la batterie de Russell Holzman qui fait merveille, tout comme dans “Herkimer Diamond” où la claviériste est au synthétiseur. Dernière pointe du quartet, le contrebassiste Walter Stinson, déjà présent dans le premier disque d’O’Farrill, Visions of Your Other, est un point de clarté et de solidité au long d’un album très marqué par une pop envisagée non comme une facilité, mais davantage comme un moyen de pousser certains curseurs vers une musique plus radicale, organique et très chaleureuse (“The Return”). Pas étonnant dès lors que l’une des boussoles d’O Farrill soit Ryuichi Sakamoto, dont il reprend en fin d’album le “Bibo No Aozora”.

C’est toutefois sur la suite “Sea Triptych” que le quartet livre sa plus belle facette. Il y a dans ce morceau, et a fortiori dans son premier mouvement “Along The Malecon”, une clarté dans la trompette, et un jeu avec l’écho qui rappellent certaines directions d’Amaryllis. La batterie d’Holzman y est idéale et insistante, comme une vague toujours recommencée. Idem dans “Iris Murdoch” où la contrebasse se fait plus tranchante, recommençant un dialogue infini avec le piano. Elephant n’a absolument rien de la balourdise supposée de l’animal. Au contraire, ce premier disque de ce quartet chez Out Of Your Head apparaît comme une évidence racée et très souple. C’est un bonheur de retrouver Adam O’Farrill dans cette configuration.