Agression raciste de 3 artistes à Lyon
Solidarité de la rédaction avec les artistes et le festival
Ben Lamar Gay © Laurent Orseau
Les agressions racistes, Ben Lamar Gay connaît. Il est noir, il vit à Chicago, il est né dans les années 80. Le trompettiste est l’un des grands noms étasuniens qui comptent dans cette période. Il faisait partie de la tournée Flesh and Bones de Mike Reed en 2017 qui fut, de manière assez invraisemblable comme il arrive dans les romans, agressé par un ersatz de Ku Klux Klan perdu entre Pologne et Tchéquie. C’est maintenant, également, une réalité française.
La France, pensions-nous, était un pays fraternel pour les musiciens étasuniens, a fortiori racisés. De Miles Davis à Archie Shepp en passant par Nina Simone et James Baldwin, les Africains-Américains ont longtemps vu en la France une terre d’accueil (à peu près) sûre pour continuer à créer et à vivre debout. Mais depuis quelques années, en France, la nausée, comme les mains sales ont dépassé les cercles habituels de la presse rance spécialisée pour s’installer dans le paysage. La France est devenue hostile. La preuve en est l’agression innommable dont ont été victimes, en fin de semaine dernière, Ben Lamar Gay et deux autres artistes, la chorégraphe originaire du Rwanda Dorothée Munyaneza et le cinéaste britannique expérimental Julian Knxx dans le quartier de la Croix-Rousse, à Lyon, où ils étaient invités par la Biennale de la danse, le Centre Pompidou et la Villa Gillet.
Blessé, notre ami Ben Lamar Gay, en dépit des 2 jours d’ITT qui lui ont été attribués, a décidé de jouer quand même le spectacle prévu avec Dorothée Munyaneza, Version(s). Ce spectacle, envisagé suite à une rencontre avec un boxeur des quartiers nord de Marseille, interroge la masculinité, la paternité, l’héritage et la poésie de combat. Tous ces thèmes sont le kaléidoscope de la période trouble dans laquelle nous vivons. Ils ont le symptôme d’un mal qu’une partie médiocrement minoritaire tente de faire passer pour majoritaire dans un pays étranglé par un air vicié et malsain.
La violence, la haine et le racisme veulent s’installer dans ce pays. Tout un microcosme politico-médiatique les y encourage, les flatte, les valorise. Et même si l’on a pu entendre les lamentations de politiques en campagne municipale pour condamner le geste, il est temps d’arrêter de nous voiler la face et d’agir. Les agresseurs s’en sont pris, sans le savoir, à des artistes de renom international. La même agression contre des citoyens racisés anonymes n’aurait pas provoqué plus qu’un entrefilet dans la presse locale. L’inertie des témoins de la scène - personne n’a appelé la police alors que l’agression s’est produite devant un lieu public - montre assez à quel point la société française reste passive face à des actes de violence inqualifiables.

- Ben Lamar Gay © Franpi Barriaux
La peur doit changer de camp. La honte doit revenir à l’ordre du jour pour les nervis racistes et sexistes, mais plus encore pour ceux qui les manipulent. Nous appelons tous ceux qui nous lisent à s’engager concrètement dans la lutte contre les discours et les actes de haine.
Nous assurons de notre soutien total les artistes agressés et les organisateurs de la Biennale.

