
Aloïs Benoit
Nuage 86
Aloïs Benoit (tb, eup), Jessica Martin Maresco (voc, fx), Alice Perret (cla, voc), Olivier Koundouno (cello), Benjamin Flament (perc)
Label / Distribution : Auto Productions

Depuis les aventures de Pan-G, il y a plus de dix ans, on sait que le tromboniste Aloïs Benoit écrit et arrange avec aisance et profondeur. Il le dévoile au sein du Very Big Experimental Toubifri Orchestra (VBETO), et le confirme ici avec Nuage 86. Dans ce projet fascinant, le trombone se retrouve face à la chanteuse Jessica Martin Maresco, que nous avions pu remarquer dans un très beau spectacle de l’ARFI. Le quintet a pour centre de gravité la ville de Lyon, ce que confirme la présence aux claviers d’Alice Perret, elle aussi pensionnaire du VBETO et chargée ici de collectionner les nappes et les climats propices à la voix, comme sur « Bleue », où un orgue offre de l’espace au trombone et au violoncelle d’Olivier Koundouno. Nuage 86 possède une indéniable dimension poétique qui devient franchement théâtrale, voire opératique, lorsqu’elle est portée par les textes de Maud Chapoutier (« Papillon », un des sommets de l’album).
Car il est question ici tout autant de voix que de mots et de leur musicalité. De la scénarisation des phonèmes que Jessica Martin Maresco habite avec beaucoup de force. Raymond Devos est convoqué pour l’un de ses textes les plus acrobatiques, « Ouïrons-nous », un travail entre fresque et sprechgesang, digne d’un rock progressif sans un poil de gras. Le percussionniste Benjamin Flament, vieux complice de Benoit et de Koundouno, porte ce climat avec une grande finesse et trouve avec Perret un équilibre parfait. Au-delà du chant qui nous ravit dans « Vedrò con mio diletto » de Vivaldi, non loin de ce que peut proposer Elsa Birgé dans Odeia, c’est l’interprétation qui impressionne. La chanteuse maîtrise de bout en bout un univers à la fois très dense, lié à l’écriture de Benoit, et extrêmement volatil, comme ces fameux nuages.
Nuage 86 est de ceux qui ne s’arrêtent pas aux frontières. On flotte aux côtés du quintet avec un sentiment de continuité, même si l’on passe de « As-tu déjà crié une fois » et son blues déglingué et colérique à la magie de « Kaval Sviri », trésor des polyphonies bulgares qu’Alice Perret habille subtilement d’électronique. On est ravi par la créativité et l’intelligence d’une musique qui ne cherche jamais la posture et avance droit devant, avec un plaisir évident. Une belle et grande surprise.


