Chronique

Ambrose Akinmusire & Mary Halvorson

Slo-mo Neon Luminate Hoverings

Ambrose Akinmusire (tp, voc), Mary Halvorson (g)

Label / Distribution : Nonesuch / WEA

Mary Halvorson a eu, depuis quelques années, tellement l’occasion de montrer la richesse et la puissance de son écriture et sa recherche raffinée des timbres, qu’il est très rafraîchissant de la retrouver en duo et sur le champ de la musique improvisée, comme une ressource nouvelle de son langage et l’occasion de deviser avec un ami. Pas n’importe lequel : comme elle, Ambrose Akinmusire fait figure de prodige de la Côte Est, avec des projets ambitieux comme Honey From a Winter Stone, paru l’an passé. A l’écoute du « Nice to Meet You Again For The First Time », fleuret moucheté où les pointes précises de la guitare, halvorsienne en diable, croisent les phrases courtes de la trompette, on comprend que cet échange va se faire sans heurt et dans le registre de la création collective.

« Tangled Pretty », le sommet de l’album, consiste en un discours lumineux d’Akinmusire plongé dans une masse électrique vaporeuse. Il pourrait en ressortir une rocaille hérissée de piquants. C’est au contraire un galet poli par le temps qui apparaît, les anfractuosités naissant dans les légères déviations serpentines de la guitare. « Ofo », qui lui fait suite, donne une lumière différente dans la continuité, le jeu d’Halvorson consistant à donner du relief à la trompette, comme s’il s’agissait d’en sculpter la rondeur. Ces deux musiciens ont eu l’occasion de jouer ensemble dans Code Girl, un disque central dans le chemin musical de la guitariste, et Slo-Mo Neon Luminate Hoverings en conserve souvent la couleur, proche de la chanson. Dans « Soundcheck », le jeu d’Akinmusire se rapproche du chant, dans un format de titres courts qui tendent vers cela et ressemblent à la collaboration très ancienne de Mary Halvorson avec Jessica Pavone. Le titre de l’album, qui évoque la lumière crue du néon dans une forme de climat à la David Lynch (« Watersmoke »), à la fois très incarné et onirique, renforce le sentiment d’un carnet de chant sans paroles.

Il y a vraiment un lien particulier de Mary Halvorson avec les trompettistes. Un lien organique, un lien de matière entre son jeu et le son pur de l’instrument, de O’Farrill à Peter Evans en passant évidemment par Ho Bynum, Nate Wooley ou Dave Adewuni qui fait partie de son nouvel orchestre, Canis Major. Slo-Mo Neon Luminate Hoverings est un temps suspendu qui célèbre cette relation particulière. Cette parenthèse avec Ambrose Akinmusire, aussi importante que celles qu’elle emprunta avec Noël Akchoté, Sylvie Courvoisier ou Jamaaladeen Tacuma, est surtout unique car elle s’inscrit sur le temps long. La perspective est étourdissante.

par Franpi Barriaux // Publié le 12 juillet 2026
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