Chronique

Biréli Lagrène

Elegant People

Biréli Lagrène (g, vln, voc), Jean-Yves Jung (p, kb), William Brunard (b), Raphaël Pannier (d) + Stéphane Édouard (perc).

Label / Distribution : PeeWee !

Bientôt 60 ans et vraiment plus rien à prouver. Biréli Lagrène, entré de son vivant dans l’histoire du jazz – rappelons ici quelques-unes de ses plus prestigieuses collaborations : Al Di Meola, Larry Coryell, Paco de Lucía, John McLaughlin, Stanley Clarke ou encore le Gil Evans Orchestra – est né dans la musique qu’il pratique depuis son enfance. Souvent considéré comme l’un des grands héritiers de Django Reinhardt, il n’a eu de cesse de multiplier ses horizons esthétiques, entre swing et jazz fusion. Tout récemment, il s’était livré avec autant de réussite que de sensibilité à l’exercice de l’enregistrement en solitaire sur Solo Suites, un disque nous n’avions pas manqué de souligner la brillance. Poursuivant sa collaboration avec le label PeeWee ! et le studio Sextan sous la houlette de Vincent Mahey, le guitariste vise une fois juste en déployant un répertoire mêlé de compositions originales et de quelques reprises, soutenu par une nouvelle formation au sein de laquelle on retrouve Jean-Yves Jung (piano, orgue et claviers), William Brunard (contrebasse) et Raphaël Pannier (batterie).

Elegant People, qui tire son titre d’une composition de Wayne Shorter pour le groupe Weather Report, est une démonstration supplémentaire de ce supplément d’âme qui traverse la discographie de Biréli Lagrène. On pourrait s’attarder une fois encore sur la virtuosité du musicien et la réalisation parfaite d’un album qui puise dans quelques classiques (ainsi « My Foolish Heart » ou « Time For Love »), file du côté du Brésil (« Anjo De Mim ») ou du jazz rock (« Elegant People »), s’empare avec un grand naturel d’un fleuron de la pop (« Clair » de Gilbert O’Sullivan) et sait aussi rappeler les sources blues de sa musique (« New Blues », signé Jean-Yves Jung) ou bien encore gravir la montagne Coltrane et en déjouer l’idiome dans un « Flair » qui entame un pas de deux avec « Giant Steps ». Mais au bout du compte, c’est le sentiment de fluidité et la constance d’une pulsion vitale qui emportent l’adhésion à l’écoute de ce disque dont l’élégance ne réside pas seulement dans le titre. Biréli Lagrène est un guitariste fascinant, certes. Mais on oublie vite sa technique – un moyen et non une fin – pour ne retenir que l’essentiel : son jeu organique, son rapport tout aussi instinctif que physique à la musique jouée. Cette vibration unique de l’instant qui a pour nom jazz.