Chronique

Camila Nebbia, Kit Downes, Andrew Lisle

Exhaust

Camila Nebbia (ts), Kit Downes (p), Andrew Lisle (d).

Label / Distribution : Relative Pitch

D’une curiosité et d’une soif de jouer inaltérable, la saxophoniste argentine Camila Nebbia ne cesse de s’illustrer aux côtés de la fine fleur de la scène improvisée mondiale, avec la volonté de ne pas imposer son jeu mais de se fondre dans l’univers de ses compagnons, voire d’éclairer de nouveaux chemins, souvent tortueux. Jamais encore ces chemins n’avaient croisé le clavier du Britannique Kit Downes, adoubé le temps d’une interview par son glorieux aîné Tony Hymas. Le jeu de Downes est du miel pour Nebbia : anguleux et tranché, volontiers percussif, il brille dans la chaleur de « Differential Spider » comme une ébullition sauvage, soutenu par les tambours d’Andrew Lisle, Londonien coutumier des saxophonistes rugueux comme Colin Webster.

Avec ce nouveau trio qui n’a de classique que les oripeaux, l’émulsion se fait sans round d’observation, avec le désir chaleureux de trouver l’autre et de se pousser mutuellement dans ses retranchements. À ce titre, « Jetsam » - avec le jeu très appuyé de Lisle - est un modèle que, plus loin, « Enervated » prend à revers : dans ce marasme lointain, fait de sifflement d’anches et de clavier assourdi, on perçoit comme une vague inexorable et souterraine qui ne peut être stoppée mais qui joue très en dedans dans un sournois luxe de détails. Il y a dans cette musique une attention profonde et un respect de la place de chaque improvisateur qui traverse tout l’album.

Plus classique, « Ten of Wands » revient à une forme de trio avec deux lignes qui s’opposent, celle du clavier et celle du saxophone dans la mitraille de la batterie. Au cœur de cette tension, Camila Nebbia fait jouer toute son énergie pendant que Downes multiplie les brisures et les éclats, sans rien perdre d’une empathie et d’une joie éruptive de jouer collectif. Avec Exhaust, on tient une nouvelle facette de la soif européenne de Camila Nebbia qui ne s’étanchera pas dans les mois à venir. L’album, paru chez Relative Pitch qui demeure fidèle à cette musique, s’orne d’une pochette illustrée de nouveau par une œuvre de l’Argentine, donnant à ces multiples rencontres une identité et une continuité supplémentaire.

par Franpi Barriaux // Publié le 25 janvier 2026
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