Chronique

Christophe Monniot

Hypersensitivity

Christophe Monniot (s), Sophia Domancich (p), Felipe Cabrera (b), Denis Charolles (d)

Label / Distribution : Le Triton

Voici un an, Six Migrant Pieces se situait dans le prolongement des œuvres que Christophe Monniot propose à intervalles réguliers (ou non) et dans lesquelles il met sa musique au service d’un message (Vivaldi Universel – saison 5, Jericho Sinfonia) ; précises, ciselées par nécessité, des incisions de son brut illustrent souvent le propos. C’est un tout autre disque qu’il nous est donné de découvrir aujourd’hui : il trouve sa place dans les propositions plus ouvertes du saxophoniste (on pense à Freestyles au côté de Franck Vaillant et Bruno Chevillon), avec un programme qui s’aventure avec gourmandise dans des morceaux aux humeurs variées animées par une grande liberté. D’autant plus grande que le disque est enregistré en concert, avec toute la latitude qu’offrent le rapport au présent et son intensité.

Entouré d’un quartet traditionnel et majuscule, Christophe Monniot s’élance dans une suite de pièces qui ont à voir avec le jazz, que ce soit pour le détourner, le contourner ou tout bonnement le retourner comme c’est le cas avec « Blow What », réinterprétation inversée du « So What » de Miles Davis, qui apparaît étrangement familière et, dans le même temps, drôlement déviante. Le reste des pistes creuse ce sillon jubilatoire.

Priorisant un jeu réjouissant qui permet à la pianiste Sophia Domancich de s’exprimer avec une élégance et une décontraction autorisant de nombreuses inventions spontanées, le quartet est porté par une rythmique enveloppante qui soutient et accompagne toutes les initiatives. La basse notamment de Felipe Cabrera est une assise solide, chantante au besoin ; elle stimule ses partenaires avec générosité, à commencer par un Denis Charolles qui s’investit ici de manière classique - sans que ce soit un défaut, bien plutôt une qualité au vu du sens de la nuance dont il fait preuve.

Dans cette musique qui respire comme seul le live le permet, laissant advenir les moments en suspens et les passages de témoin, l’auditeur est souvent saisi par le saxophone de Monniot. Oiseau virevoltant, la vitesse de son phrasé étourdit et emporte vers les hauteurs avec une force de conviction et une ingéniosité qui n’appartiennent qu’à lui. Attirant les regards, il n’en oublie pas moins qu’il est avec les autres et c’est bien la communion du groupe qui fait la force de ce disque : une interprétation vivante, tonique, remplie d’humour, foncièrement accueillante.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 11 janvier 2026
P.-S. :

uw