Chronique

Dandy Dandie

Helios y Selene

Alban Darche (ts), Nathalie Darche (p), Chloé Cailleton (voc), Geoffroy Tamisier (tp), Jean-Louis Pommier (tb)

Label / Distribution : Yolk Records

C’est comme une réunion familiale. D’ailleurs, disons les choses, ce n’est rien d’autre qu’un moment complice passé avec des très proches : le premier morceau « Nathalie », qu’on suppose dédié à Nathalie Darche, pianiste ici et ailleurs, en est le symbole. De tous les projets d’Alban Darche, de toutes ses illustrations sonores, de tous ses cubes alignés, Dandy Dandie est le plus profondément intime, avec la voix de sa grande amie Chloé Cailleton et la trompette fidèle de Geoffroy Tamisier. « Nathalie », c’est la pianiste, une sorte d’élégance simple où l’écriture de Darche se reconnaît entre mille. On pourra dire la même chose, plus loin, de « 23 septembre » où l’instrument-voix de Cailleton accompagne une écriture fluide où le piano est tout en enluminure, puis ce « 24 septembre » où un motif très ample se fait tournerie. Dans ces deux morceaux, comme pour « Denis » plus tard, on retrouve un autre membre de la famille, le tromboniste Jean-Louis Pommier qui s’offre quelques jolis instants en éclaireur.

Le propre de Dandy Dandie, depuis le premier album, c’est d’être dans le spectre de la chanson sans vraiment s’y installer durablement : la clarté des cuivres y tranche avec les saveurs de nuit de Nathalie Darche et Chloé Cailleton pour un clair-obscur délicieux et doux qui emprunte beaucoup à la musique écrite occidentale. Helios y Selene, la lumière et la nuit. Ce sont ces faux contraires, ces pôles complémentaires qui sont à l’œuvre ici. On pense évidemment au second mouvement du « Concerto en sol » de Ravel où la pianiste est comme chez elle ; son échange fabuleux avec Tamisier, plus wheelerien que jamais dans cet Helios y Selene, ainsi que l’arrangement d’Alban Darche font de ce long morceau la pierre angulaire, esthétique d’abord et temporelle aussi, d’un album où le dandysme latent à l’aisance d’un costume bien taillé.

Autour de Ravel, ce sont d’abord des morceaux courts ; « La face cachée de la lune », qui assume la dichotomie de lumière et le goût des nuances en est un exemple. Le piano plonge sa main gauche dans l’ombre, et c’est le ténor chaleureux de Darche qui lui répond. Un autre mécanisme est en route au loin, éther impalpable, entre Cailleton et Tamisier. La voix s’incarne davantage avec « Quelque chose du vieux monde », où la chanteuse lit des extraits d’un journal vespéral de 1983. Mais là encore, la voix est lointaine, spectrale, et infuse une musique brillante et simple à la fois, sans mignonneries inutiles. Direct au but, direct au cœur.

par Franpi Barriaux // Publié le 22 mars 2026
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