Daniel Zimmermann
Snapshots
Daniel Zimmermann (tb, voc), Pierre Durand (g), Élise Blanchard (elb), Julien Charlet (d), Sanseverino (voc), Thomas de Pourquery (as).
Label / Distribution : Label Bleu
L’idée du plaisir – teinté il est vrai chez lui d’une bonne dose de gourmandise – hante depuis longtemps la musique de Daniel Zimmermann, ce qui a été souligné ici-même à de nombreuses reprises et dont témoignent les derniers albums en leader du tromboniste (Bone Machine en 2013, Montagnes russes en 2016, Dichotomie’s en 2019 et L’Homme à tête de chou in Uruguay en 2023), de même que son récent duo avec Éric Séva pour un revigorant 2 souffleurs sur 1 fil. Tout ceci ne saurait faire oublier qu’en artiste conscient des réalités sombres de notre monde, Zimmermann porte aussi un regard aiguisé sur nos sociétés injustes et brutales, ce qui le conduit à respirer et surtout chanter la vie à pleins poumons.
Snapshots est un bel exemple de cette intrication des émotions, quelque part entre jubilation, tendresse et dénonciation des errements de l’être humain. Une fois encore, Daniel Zimmermann joue avec nous aux montagnes russes, exulte, aime, raille et dénonce pour mieux conquérir une indispensable sérénité. Et ce qui frappe à l’écoute de ce disque en quartet, outre sa verve mélodique qu’on sait héritière d’une passion indéfectible pour la chanson (Gainsbourg n’est jamais loin, écoutez par exemple « Les maximiseurs de Pi »), c’est la volubilité changeante du trombone, véritable compagnon transformiste qui est l’extension de la voix de Zimmermann et sait au besoin se faire charmeur (pour ne pas dire crooner), par exemple lorsqu’il s’empare du « Yellow Moon » d’Aron Neville. Entouré d’une équipe rompue aux variations climatiques musicales et qui connaît pour l’occasion un petit remaniement (Élise Blanchard prenant la place de Jérôme Regard à la basse électrique), Daniel Zimmermann rayonne, impose une autorité naturelle, multiplie les angles de vue, va même jusqu’à chanter un texte de Mose Allison qu’il adapte en français (« Stop This World »), après avoir invité une autre voix, celle de Sanseverino pour un acrobatique « My Little Sweet New Zealand Bunker » repris quelques minutes plus tard en version instrumentale avec le complice de toujours, Thomas de Pourquery au saxophone. En maître des couleurs tel qu’on le connaît lui aussi depuis longtemps, Pierre Durand expose les nuances multiples de sa guitare (électrique ou acoustique) pendant que Julien Charlet pousse la « bone machine » tout en souplesse.
Ce disque se révèle au bout du compte le carnet de bord de la vie d’un musicien contemporain qu’on sait en pleine possession de ses moyens mais qui ose, aussi, prendre des risques et, à sa façon, s’engager. Ce qu’on ne saurait lui reprocher, bien au contraire !

