Denis Levaillant
Passions
Denis Levaillant (comp), Roland Hayrabedian (dir), Ensemble Musicatreize, Chœur de Radio France
Label / Distribution : DLM éditions
Il y a quelques mois, nous avions pu apprécier avec Le voyage immobile le talent de Denis Levaillant pour la composition, son goût unique pour les timbres et les couleurs qui font de sa musique une œuvre à part, tout aussi bien sur des versants plus jazz (voir le trio ALP) que dans le cadre d’une écriture purement opératique ; on se souvient de OPA Mia, fruit d’un travail avec Enki Bilal.
Passions travaille la même veine avec ces compositions à la voix seule, chargeant l’ensemble marseillais Musicatreize, sous la direction de Roland Hayrabedian, et le chœur de Radio France d’interpréter ces partitions. Trois pièces sont ici interprétées, soulignant un goût particulier de Levaillant pour le plein baroque, comme nous le montre le « Tombeau de Gesualdo ». Cette musique, interprétée sur des poésies, garde du génie italien un goût pour l’obscur, le noir profond et la lumière crue qui nous rapproche sensiblement de maîtres de peinture habitués du noir ou de la nuit, du Caravage jusqu’à Soulages. « Les Pierres noires », la seconde pièce, est une création des années 80 qui charrie aussi une grande noirceur, mais sur des chants plus éthérés et purs, donnant libre cours à une lumière plus radieuse, mise en avant par la superposition de trois quatuors qui donne au propos une profondeur folle. Cette partition centrale est sans doute la plus solide, et celle qui en dit le plus sur l’art de la composition de Denis Levaillant.
« Sunny Cash Passion », dernière œuvre jouée, est sans doute la plus contemporaine. Reprenant le thème de la bourse, cher à OPA mia, Levaillant insiste de nouveau sur le côté machinal et déshumanisé de la finance mondiale, apte à nourrir une dramaturgie mécanique aux crus éclairs. Mélange de langues où l’allemand occupe une place à part, la musique de Levaillant est intime et unique, traversant les confins des genres musicaux avec une aisance peu commune. Publié sur son label DLM, Passions porte bien son nom : ce goût pour les voix est intrinsèquement communicatif.

