Dorota Piotrowska & Sound Circle
Voices of Human Consciousness
Dorota Piotrowska (d), Greg Osby (as, ss), Hildegunn Øiseth (tp), Tarek Yamani (p), Ameen Saleem (b), Barbaro Crespo (perc)

C’est à Dorota Piotrowska, batteuse et compositrice polonaise, que l’on doit ce disque qui « met l’accent sur le dialogue ». Multiculturel, il va de soi. « Ce projet est la mosaïque musicale que j’avais imaginée, il y a des années », explicite-t-elle. Présenté en Pologne à Wrocław, au festival Jazz nad Odrą, l’un des plus anciens festivals de jazz d’Europe, au printemps 2026 et sorti en juin, Voices of Human Consciousness est un album élégant. Il met en scène un sextet inédit, Sound Circle, et quatre invités de marque issus de sept pays différents et d’au moins autant de cultures.
Le risque est grand, dans ce type de projets, de tomber dans la surcharge. Sa qualité principale est qu’il y échappe avec les honneurs – malgré une illustration, elle, pour le moins tape-à-l’œil, signée par le peintre surréaliste polonais Wojciech Siudmak. Avec des improvisations de haut vol, qui s’adjoignent aux musiques traditionnelles, le collectif signe une musique qui gagne en intensité tout au long de ce périple de dix titres, couvrant une vaste géographie musicale.
Elle s’étend de la Norvège, grâce à la présence de l’iconoclaste trompettiste Hildegunn Øiseth, connue pour son jeu sur bukkehorn, fabriqué à partir d’une corne de mouton, jusqu’au Liban et à la Turquie, grâce au piano de Tarek Yamani et à la chanteuse Sanem Kalfa, dont la voix d’or clôt le disque. D’ailleurs, les compositions signées par Yamani, dominées par des harmonies nord-africaines et orientales (« Saba H20 ») démontrent par leur ouverture et basculement vers d’autres « cultures harmoniques » que le principe directeur de l’album est l’échange et l’enrichissement mutuels plutôt qu’une simple fusion. Une preuve de bon goût.
Car, si se contenter d’arranger des airs folkloriques issus de chaque culture représentée aurait ouvert une voie artistique belle mais terriblement clichée à suivre, c’est bien dans les moments les plus jazz de l’album que le collectif atteint des sommets, portés le savoir-faire américain en la matière, la contrebasse royale d’Ameen Salem et le saxophone de Greg Osby – comme dans le « Cyrille in Motian » qui s’ouvre comme une prière, dont il signe lui-même la composition.
En définitive, Piotrowska ne s’est pas contente de réunir un casting : elle a fait en sorte que chaque membre du collectif dispose de l’espace nécessaire pour faire entendre son style, son langage, ses compositions, le tout avec une joie communicative.
Guests : Sanem Kalfa (voc), Leszek Możdżer (p), Marlena Grodzicka-Myślak (viola), Jakub Myślak (cello)


