Emilio Galante sur tous les fronts
Deux albums novateurs révèlent tout le talent du flûtiste Emilio Galante.
Né à Bologne, Emilio Galante poursuit une carrière de musicien et d’enseignant. Il est co-auteur avec Gianni Lazzari de la méthode pédagogique Il Flauto Traverso, storia, tecnica, acustica. En 1998, il fonde l’ensemble Sonata Islands avec lequel il sort l’album Sciare di Fuoco chez BMG. Il organise le festival Ai Confini ed Oltre. Familier du jazz, du rock et de la musique contemporaine, il ne cesse d’investiguer des recherches sonores avec Markus Stockhausen, Fabrizio Varesco et Andrea Dindo. Il s’engage dans l’exploration du mouvement Rock In Opposition. Plus récemment, il s’est consacré avec Enzo Patti au projet Osso, Mastrosso e Carcagnosso pour flûte et chœur féminin qui traite des origines de la mafia. Emilio Galante nous invite à le rejoindre dans de nouvelles investigations musicales.
Imaginatif, iconoclaste, ce sont les termes qui conviennent le mieux pour définir ce disque Se !t3, enregistré en janvier 2025 qui comporte neuf thèmes composés en alternance par les instrumentistes. L’œuvre de Lienhard von Monkiewitsch qui orne la pochette correspond parfaitement à la musique, qui baigne dans un climat énigmatique. « We Fall » chemine dans une ambiance sombre, les notes se livrent parcimonieusement comme si elles évoluaient dans un paysage post-nucléaire. Un apaisement survient avec les circonvolutions du soprano de Mikail Godée, signataire de la composition. Ce saxophoniste suédois, révélé dans le quartet d’Eve Beuvens, est connu pour son implication dans les groupes Corpo et Änglaspel. Très expressif, « Cassaro » révèle les subtilités de l’écriture d’Emilio Galante. Ce morceau aux rythmes semblables à ceux d’un pakhâwaj souligne les arabesques fascinantes de la flûte. Les claviers de Piero Gaddi installent une ambiance onirique. Ce pianiste toscan, formé aux côtés de Pietro Tonolo et Paolino Dalla Porta, sait rehausser les interventions des solistes. Désinvolte, « Ikas Blues » apporte un contraste avec « The First Step » animé par l’envolée de la flûte. « La Linea Oscura », orientée dans un processus musical ambient, explore des textures nouvelles et rappelle les élaborations conceptuelles de Teddy Lasry. Les investigations mélodiques de Se !t3 font preuve d’une grande originalité.
Emilio Galante se consacre également à des recherches dans le domaine électronique. Ses compositions ont été jouées à Milan, Tokyo, Paris et New York. L’album TOTEMGAMI enregistré en juin 2025 révèle son avant-gardisme. L’association avec le claviériste Tonino Miano se révèle fructueuse. Ce duo prolifique part à la recherche de sonorités inédites, et les expose dans « Aria percossa », litanie de sept minutes qui s’assimile à une déambulation en apesanteur. Cet exercice musical sur un fil d’équilibriste révèle la complémentarité des deux instrumentistes qui ne cessent d’innover. Ce constat prévaut avec « Dialogue avec lui-même », en un jeu de questions-réponses haletantes.
« Interlud II » souligne la densité du jeu pianistique, à l’opposé du climat proche d’Erik Satie dans « Interlud I ». Les investigations menées par Emilio Galante atteignent leur apogée dans « Come pietra pensante », proche du minimalisme. La puissance émotionnelle se manifeste jusque dans les interstices de « Il dubbio e la danza » et « Nuvole d’ombra », où les musiciens semblent se faufiler entre des gouttes d’eau.
C’est une bibliothèque sonore inédite que nous ouvre TOTEMGAMI par ces interactions saisissantes entre Emilio Galante et Tonino Miano. En parallèle, l’équilibre musical entre les parties acoustiques et les effets électroniques procure un plaisir d’écoute immédiat.
