Chronique

Ensemble Infini

Volume ∞

Label / Distribution : Cellar Live

C’est une très bonne surprise de découvrir - nous sommes tentés de dire enfin - le disque de l’ensemble Infini, octet québécois réuni autour du batteur et percussionniste Guy Thouin. Enfin, car la légende du free jazz outre-Atlantique qu’incarne Thouin et ses 84 ans au compteur, méritent une discographie représentative de son activité vibrionnante et de la vivacité de la scène québécoise. Nous avions publié l’an passé un portrait du musicien à l’occasion de son premier album sous son nom ; avec l’Ensemble Infini, comme il l’avait fait avec L’Infonie ou le Nouveau jazz libre du Québec, Thouin se retrouve dans son élément, celui du collectif. « Dream Story », avec la très belle contrebasse de Pablo Jiménez et surtout la fougue du tromboniste Scott Thomson, en démontre l’efficacité, mais ce qui est à souligner ici, c’est principalement la joie de jouer, qui dépasse largement les étiquettes qu’on voudra bien poser. Du free bien sûr, mais aussi d’autres racines, électroniques notamment.

Guy Thouin, lui, s’amuse. Jouit de ce bonheur de jouer avec un ensemble dirigé avec beaucoup d’écoute par la multianchiste Elyze Venne-Deshaies dont le travail sur « Japtala/Milford Spirit » est remarquable. Bien sûr, l’esprit de Milford Graves plane sur cet album sensible aux extrasystoles poétiques de la création, et ses soudaines poussées de fièvre (on soulignera le travail de Félix-Antoine Hamel et Andrea Prochazka Mercier aux anches, deux noms à suivre d’urgence). Mais le modèle indépassable de Guy Thouin se reflète également dans le jeu de percussions : « Guy médite et résonne » est un dialogue avec les esprits rythmiciens et un instant suspendu dans ce Volume ∞. La clé aussi d’un album où, si la batterie n’est pas centrale, c’est la foi du charbonnier Thouin que de faire communiquer les âmes et les générations avec une grande générosité.

On ne peut qu’être charmé par l’ardeur de cet ensemble infini. De la joie impétueuse de « Halloween à Québec » comme un grand défouloir aux clins d’œil de « Rock Memory » qui permettent d’apprécier les constructions de la pianiste Belinda Campbell et le travail de l’ombre du guitariste Raphaël Foisy, rouage indispensable de l’octet. Outre la personnalité de Thouin, c’est toute une scène rebelle et généreuse du Québec que cet album nous expose dans sa diversité et sa proximité. La batterie, comme la direction de Venne-Deshaies, est la garante d’une cohérence qui suscite l’enthousiasme et l’envie d’en entendre davantage.

par Franpi Barriaux // Publié le 31 mai 2026
P.-S. :

Guy Thouin (d), Elyze Venne-Deshaies (dir, ts, cl, bcl, elec), Félix-Antoine Hamel, Andrea Prochazka Mercier (ts, ss), Scott Thomson (tb), Belinda Campbell (cla), Pablo Jiménez (b), Raphaël Foisy (g, elec, fx)