
Felsenmeer
Reliefs
Joséphine Besançon (cl, bcl), Charles Paillet (g), Fanny Bouteiller (b), Mathéo Ciesla (d)
Label / Distribution : Aut Records
Base calcaire à érosion rapide. Voici la définition du Felsenmeer, entité géologique et joli mot agglutinant et poétique allemand qui signifie littéralement mer de rocaille. Concept qui, de l’allemand à la géologie, semble parfaitement correspondre à ce quartet emmené par la clarinettiste Joséphine Besançon. En effet, à l’écoute de « Reliefs », issu du premier album de l’orchestre, on comprend qu’il y a ici un combat intérieur entre dureté et légèreté. Même entre puissance passive de la base rythmique, magnifiquement drivé par la contrebassiste Fanny Bouteiller et la présence tellurique de la guitare de Charles Paillet que l’on va avoir goût à suivre. Il y a chez Felsenmeer une énergie puissante, mécanique et très dense qui s’incarne souvent dans la batterie de Mathéo Ciesla ; elle contrebalance la turbulence des clarinettes, notamment la basse qui sonde les mêmes poches de liberté que ses compagnons pour mieux s’en aller voleter dans les airs.
Joséphine Besançon, qui écrit les musiques de ce Reliefs paru sur le beau label Aut Records, déambule avec beaucoup d’assurance sur ce terrain en continuel mouvement. « Eiscir Riada » en est l’un des plus beaux exemples avec ce motif répétitif sur lequel la guitare de Paillet vient se greffer pour faire évoluer le terrain vers le chant, dans des espaces de transition que la base rythmique conduit avec la plus grande des souplesses, sans rien perdre de cette compacité qui s’effrite, offrant de nouvelles matières. Ce qui surprend et enthousiasme dans Felsenmeer, c’est cette capacité encore une fois à jongler avec les contraires et de les unir, fussent-ils hétérogènes. Ainsi amener la grande minéralité du propos à quelque chose d’intrinsèquement vivant et vivace, voire mutin dans son énergie. « L’arbre en nous a parlé » comme un symbole animiste sur la contrebasse de Bouteiller : des racines aux nues.
Lauréat de Jazz Migration #12, Felsenmeer fait partie de ces groupes qui arrivent à maturité avec une proposition lumineuse. Dans l’écriture de Besançon, marquée par sa profonde connaissance de la musique écrite occidentale, notamment contemporaine, il y a des révérences aux musiques improvisées européennes mais aussi à certains folklores imaginaires ; « Hymne au monde muet », d’une grande finesse technique et poétique permet de se transporter dans cet univers chaleureux sur les cordes de la contrebasse, comme une concrétion qui se fige lentement mais garde en mémoire tout le mouvement alentour. Reliefs atteint des sommets.

