
Flöjter
Brest Blow
Mats Gustafsson (fl, harmo, org, elec), Delphine Joussein (fl, elec).
Label / Distribution : Utech Records
Comme dans toute chose, il y a une double face, une face cachée, une face sombre. Peu importe le terme. La dualité est la clé. De ce duo de flûtes, on a pu entendre Paris Blow, sorti en début d’année et chroniqué par Franpi Barriaux. Il écrit : « une confrontation radicale de flûte à flûte par les détours farouchement bruitistes d’une électronique qui joue avec les codes ». Rien à ajouter car ce disque Brest Blow est également l’enregistrement d’un concert du même duo, sur la même lancée. Dans cet échange à deux, dans cette dualité rêche et électrostatique, l’interaction est démultipliée par les effets et aussi bien Delphine Joussein que Mats Gustafsson peuvent produire plusieurs sources sonores simultanées.
Mais tout comme on ne ressent pas les mêmes ondes en sortant du métro à Pantin pour aller à la Dynamo qu’en surplombant la rade de Brest pour aller au Vauban, là où Paris Blow portait en lui une radicalité urbaine, électrique et une énergie polymorphe, Brest Blow est plus aéré, plus cinématographique et salin. L’introduction laisse entendre les flûtes diverses dans leur plus simple appareil. Elles reviennent par moments, lorsque la marée électronique et futuriste se retire. Car les deux musicien·nes créent un environnement sonore très explicite avec leurs pédales et effets électroniques. Il s’agit de ces ambiances de films fantastiques, entre les voyages intersidéraux ou les rencontres d’un autre type. Leurs voix dans les flûtes – loin des inventions de Roland Kirk – sont comme les supposés langages extraterrestres. Et peu à peu, ils tissent une toile vortex qui aspire tout à sa portée, nous entraînant avec elle. Puis, les doigts reviennent tricoter quelques mélodies chantantes, l’air de rien.
Il aurait fallu être là, ce soir, dans la salle du Vauban avec ses meubles en skaï rouge suranné et sa déco sortie tout droit du passé. Et les deux flûtistes, arrivant d’un futur proche, bardé·es de câbles, pédales, lumière et instruments, venus·es nous chercher, nous emmener, nous sauver ?
Après le CD Paris Blow, voici donc le vinyle Brest Blow, mixé et masterisé par l’un des meilleurs ingénieurs du son européens, dont on reparlera, Lasse Marhaug, à partir d’une demi-heure de concert d’octobre 2025 à l’Atlantique Jazz Festival, organisé par notre partenaire Plages Magnétiques.

