
Flöjter
Paris Blow
Delphine Joussein, Mats Gustafsson (fl, fx, voc)
Label / Distribution : Utech Records
Une autre flûte est possible. C’est un fait acquis, on le sait à travers le souffle de nombreux musiciens. Mais depuis quelques années, c’est Delphine Joussein, tiers de Nout habituée comme les deux autres à nous émerveiller dans leurs projets parallèles, qui montre souvent le chemin pour mettre l’instrument dans tous ses états. Krautrock assumé, électronique gourmande, Delphine Joussein est partout, jusque dans le Fire ! Orchestra de Mats Gustafsson. C’est justement le multianchiste suédois que l’on retrouve ici dans le duo Flöjter [1] avec Joussein pour une confrontation radicale de flûte à flûte par les détours farouchement bruitistes d’une électronique qui joue avec les codes. On n’attendait pas Gustafsson sur cet instrument, mais l’échange est intense. Dur. Et absolument excitant.
Oubliez tout ce que vous savez de la flûte [2]. Enregistré à Pantin à la Dynamo, Paris Blow est une déconstruction bruitiste pleine de riffs et d’envolées soudaines. Les deux compères crient dans leur flûte dans des envolées colériques qui se transforment en drones menaçants comme un mauvais orage (« Solid Silver Tube »), mais ce chaos construit une perspective nouvelle. C’est cette perspective, qui se mélange parfois avec des doigtés électriques et des sons de tubes d’autres univers ; lorsque la flûte paraît, crue, sans apprêt, on pourrait l’imaginer fragile. Elle est galvanisée. Transformée jusque dans ses entrailles, non pas grimée voire fardée comme on pourrait l’imaginer après toute cette électronique , mais d’une force peu commune. Aussi forte que dans Nout, pour la même joie pure.
Flöjter est davantage qu’une simple rencontre. On sait la radicalité de Mats Gustafsson, sa joie de jouer avec une certaine brutalité un free jazz dûment estampillé, mais il rencontre chez Delphine Joussein une autre forme de puissance, qui s’impose avec la droiture d’une décontraction opiniâtre. Dans le Fire Orchestra !, ce son brut et joliment scorieux et sale, celui qui tourne avec une puissance sans pareille dans « Projected Stream of Mind », est devenu une seconde marque de fabrique, qu’on retrouve aussi chez Mariam Rezzaei, platiniste invitée actuellement dans l’orchestre. C’est un chaos intelligent, versatile et même excitant qui secoue toutes les particules possibles pour vous téléporter dans un univers où le son est roi.
Il existe également un enregistrement strictement vinyle d’un autre concert, à Brest, de cet formation (Brest Blow).
Paris, Brest destination idéale pour la crème de la crème.

