Florian Stoffner

Bijou

Florian Stoffner (g)

Label / Distribution : Relative Pitch

Musicien de Zurich qui anime depuis des années la scène helvétique, d’abord avec le Veto Records de Christoph Erb avant de devenir un pensionnaire régulier de Wide Ear Records, le guitariste Flo Stoffner est un improvisateur recherché qu’on a vu aux côtés de John Butcher et Chris Corsano mais aussi Marta Warelis. L’année dernière encore, Stoffner rencontrait les Allemands Rudi Mahall et Michael Griener pour un trio remarquable ; mais on le sait depuis des années, son péché mignon reste le solo, dont il nous gratifie régulièrement. Il y a plus de 10 ans, Norman marquait un parti pris esthétique assez sombre, où les nappes dominaient, marqueur d’un disque de Veto Records. Si la radicalité de sa musique ne s’est pas tarie, force est de constater que Bijou, ce nouveau solo paru chez Relative Pitch, se dirige vers un jeu plus sec, plus heurté, où l’aura de Derek Bailey plane ici ou là.

Il y a pourtant, dans « Bijou a », une électricité plus contondante, qui regimbe derrière les cordes cristallines, brisures tranchantes qui semblent tailler la pierre précieuse de la masse sonore. Mais la musique de Stoffner est plus contenue, plus concentrée, et ne cherche pas à s’échapper d’un périmètre où elle est travaillée au corps, tournant le dos à une matière brute désormais façonnée à l’envi. Ainsi le tortueux « Bijou f » qui débute presque comme une ballade et va peu à peu se déliter en une suite d’à-pics et de bosses qui vont, paradoxalement, en renforcer la dramaturgie.

Avec Bijou, Flo Stoffner s’approprie une nouvelle façon de faire corps avec sa guitare. Davantage qu’un prolongement physique, l’instrument est un influx nerveux directement connecté qui évolue au gré des émotions. Le disque est un long processus qui parvient à cette forme de paix intérieure incarnée par « Bijou r » qui se dresse dans le silence avec la clarté du verre taillé, retrouvant ces formes précipitées de blues, fugaces et acérées, qui marquaient déjà ses soli précédents. On notera que les lettres des titres qui suivent « bijou » forment le mot tapfer, courageux en allemand, ce qui définit parfaitement cette musique intransigeante et solide.