Genovese, Sugawa, Vogel

Unleashed

Leo Genovese (p), Takashi Sugawa (b), Alfred Vogel (d)

Label / Distribution : Boomslang Records

À regarder l’image qui illustre la pochette, une vue d’une entrée d’immeuble à Berlin, dans un quartier populaire, le vélo de la poste posé pendant ce qu’on suppose une livraison, on pouvait penser que ce Unleashed, « déchaîné » en anglais, pouvait être densément libertaire et turbulent. C’est le premier des contre-pieds que prend ce joli trio international : si on a eu l’habitude d’entendre le pianiste Leo Genovese avec le batteur Alfred Vogel dans des échanges bouillonnants avec la saxophoniste Camila Nebbia, ce qui se joue ici est plutôt empreint de douceur. Avec « Dream Goes Wanderning » et la main droite très subtile de Genovese qui caresse les cymbales de Vogel, c’est une quête de temps et d’espace qui s’engage, d’autant que le contrebassiste Takashi Sugawa, au jeu minimaliste mais extrêmement complémentaire, est de la partie et offre beaucoup de relief à cette musique.

On connaît Sugawa pour sa participation au Tokyo Trio de Satoko Fujii ; il a ici un rôle bien moins anguleux mais qui s’accorde à merveille au jeu de son pianiste ; une recherche de complémentarité qui s’adapte à toutes les virtuosités. Sugawa est parfois le vecteur de l’abstraction, dans ses cordes infuse parfois l’étrange, catalyseur d’espace. La relation entre Vogel et Genovese, elle, est forte, ancienne, marquée par la confiance, et cette fluidité, remarquable dans « A World of One Colour », est la clé d’un album tranquille sans autre enjeu que l’amitié et la volonté de deviser dans une bulle de calme, à l’abri des trépidations du monde. C’est le sujet de ce morceau et de cet album où Vogel cherche avant tout la concorde et la fluidité. C’est même le contexte de cet album.

Enregistré en mai 2025 pendant une des multiples tournées mondiales de Genovese, argentin très demandé, cette fois-ci avec Esperanza Spalding, Unleashed est le fruit de rencontres successives et inopinées de ces musiciens au gré des voyages et de l’habitude qu’ils ont prise de jouer entre deux avions, dans le contexte très balisé d’un trio piano/basse/batterie. Un contexte envisagé comme un espace intime et pas comme un carcan. Ce disque, c’est un peu de liberté prise sur la course du monde, une tangente, une safe place où l’esprit peut vagabonder sans chercher la performance. C’est ce qui permet ici cette douceur et cette fluidité, nées de l’absence d’enjeu et de la joie de jouer ensemble. C’est un joli cadeau de le partager avec nous.