Tribune

Gérard Boisnel (1957-2026)

Citizen Jazz vient de perdre subitement l’un de ses piliers.


La disparition soudaine de Gérard Boisnel, photographe du magazine et membre du comité de rédaction depuis plus de 12 ans, est un choc pour l’ensemble de l’équipe. Chaque mort provoque une douleur différente. Celle de Gérard ajoute l’inattendu à l’injustice. Il est décédé le 13 mars 2026, dans son sommeil, sans qu’aucune alerte ne laisse présager une telle issue. Nous perdons un ami, un collaborateur essentiel, un élément solide et disponible. Nos pensées vont à sa famille, sa femme Marie avec qui il pouvait former un duo image/texte pour le magazine, ses filles et en particulier Juliette Boisnel, avec qui nous avions édité le dossier sur Frank Zappa dont elle est une spécialiste.
Puisse cette page réunir nos témoignages d’affection pour lui et son travail.

La rédaction de Citizen Jazz, comme toutes les aventures nées sur Internet, ce sont d’abord des lieux de passionnés et des lieux d’éloignés. Pour certains, nous travaillons ensemble depuis plus de 10 ans sans jamais nous être physiquement rencontrés. Gérard était de ceux-ci, ce qui est encore moins entendable qu’il était de la Normandie du bas, et moi de la Normandie du haut. Mais cependant, de visios d’équipe en échange par mail ou par réseau, j’ai appris à le connaître et à l’aimer : des photos magnifiques, des avis communs sur des musiciens comme Théo Girard ou les Vibrants Défricheurs…
Mais surtout, surtout une passion partagée pour Frank Zappa. Une passion qu’il avait su transmettre à sa fille Juliette, brillante universitaire qui avait contribué au numéro consacré au divin moustachu. Gérard va manquer à Citizen Jazz car le collectif est la force de notre magazine. Il va manquer de la même façon aux festivals qu’il aimait couvrir, du Jazzfest de Berlin à Jazz sous les Pommiers où il était littéralement chez lui.
Nous sommes inconsolables.

Franpi Barriaux, journaliste


Gérard, tu nous manques

Berlin 9 juin 2018 0 h 40 mn

Gérard Boisnel est un photographe de Citizen Jazz, un collègue. Nous échangions de temps en temps. Nous n’étions pas proches géographiquement mais nous avions la même conception de la photographie de concert : avec discrétion pour ne surtout pas gêner les musiciens ni les spectateurs.

J’ai rencontré Gérard à l’Europa Jazz du Mans en 2016 avec son épouse Marie ; le contact fut facile et nos échanges se sont révélés immédiatement très chaleureux .
Ma surprise a été grande de les retrouver à Berlin, le 9 juin 2018. En vacances chez des amis à l’autre bout de la ville ils sont venus boire un verre avec nous après le concert. Nous, c’était Jean-François Picaut (un autre journaliste du magazine, également décédé) et moi.
Ce type de démarche, je l’appelle amitié, et pas autrement.
Au revoir Gérard ; je suis attristé par ton départ et je n’ai pas la plume facile.

Michel Laborde, photographe.


Bon vent, cher Gérard.

Le Réo… - Photo Gérard Boisnel, 2023.

Gérard Boisnel était une personne lumineuse et pleine d’esprit, un B.A.-BA pour l’excellent photographe qu’il était et qui se manifestait toujours avec modestie et générosité. Tout est dans ses images, elles disent tant silencieusement.

Me reviennent la poésie sagace de son regard photographique, des cheveux blancs en bataille et le goût de la vie. Ces goûts en commun qui ont été les points de départ des échanges que j’ai eu la chance d’avoir avec ce collaborateur assidu, membre du comité de rédaction de Citizen Jazz, un maître ès « less is more ».

Je l’ai rencontré, bien sûr, à Coutances, au festival Jazz Sous Les Pommiers, son fief. Nos conversations et son aide m’ont menée jusqu’en Sicile, où avec Marie, compagne et complice de plume, ils s’envolaient tous les ans. Je les remercie de m’en avoir montré le chemin, à l’issue d’un rude hiver norvégien. La Norvège et sa brillante scène musicale qu’il adorait, suivait, anticipant sorties de disques et concerts, notamment pour le festival Les Boréales de sa ville, auquel il était tout aussi fidèle…

Norvège, Normandie, Sicile, liées par des voies ancestrales et par l’amitié, ont donc pour toujours, grâce à lui, un carrefour à Caen. Et je viens d’y dénicher la rose des vents, prise en photo par ses soins.

Anne Yven, journaliste.


Il y a des rencontres qui marquent.

Gérard Boisnel, 11 juillet 2018 Jazz à Vienne

En juillet 2018, mon collègue photographe Gérard Boisnel, profitant d’un voyage à Lyon, me donnait rendez-vous sur le festival Jazz à Vienne pour découvrir le célèbre théâtre antique.
Notre entente fut spontanée, comme une évidence. On s’était proposé de se revoir, mais le Calvados est loin de Lyon. Cela étant, nous étions régulièrement en contact à travers les nombreux mails et les visioconférences de la rédaction.

Gérard Boisnel, 11 juillet 2018 Jazz à Vienne

Ces deux photos que j’ai prises de lui en action marquent cette rencontre. C’était devant les balances du Supersonic de Thomas de Pourquery le 11 juillet 2018.
Il avait un regard affûté et sa photographie était toujours dans le sens de la musique.
Gérard, ton départ soudain laisse un vide.

Christophe Charpenel, photographe.


Le photographe bien tempéré.

Une chose frappante chez Gérard, c’était cette façon qu’il avait d’aborder les problèmes à régler (on parle du fonctionnement d’un magazine) avec beaucoup de prudence, de réserve et souvent d’humilité. C’était souvent une intervention qui commençait par : je ne sais pas si je suis la bonne personne pour… je ne suis peut-être pas bien placé pour dire que… je ne veux pas m’imposer mais… suivi immanquablement d’une proposition juste, équilibrée et immédiatement adoptée par l’équipe. Il écoutait et parlait souvent en dernier, avec un esprit de synthèse et d’équilibre salvateur dans une équipe comme celle du magazine. Le village d’Astérix, à côté, c’est un monastère.
Le magazine, justement. Citizen Jazz. Il y est entré en 2014 pour y apporter son regard de photographe décalé et éclairé. Un amoureux de l’humanité qui savait prendre aussi bien les artistes sur scène que le public dans la salle, les passants, les baigneurs sur la plage… D’ailleurs la photo ci-dessous est sélectionnée par l’association des journalistes de jazz comme finaliste pour le prix de la photo de l’année 2025.

Ignaz Schick © Gérard Boisnel

Regarder son album global, sur sa page d’auteur, permet de comprendre comment il savait se mettre au bon endroit et attendre, silencieusement pour prendre le cliché inattendu.
Disponible, actif et enthousiaste, il a contribué grandement à la qualité et la longévité du magazine.
Aujourd’hui, il est parti, d’un coup. Une mort que rien ne laissait présager. Mais, comme souvent, il avait tout organisé car il devait partir en vacances avec son épouse. Un rituel annuel avant lequel il préparait toujours son travail pour le magazine : photo-reportages prêts à publier, posts sur la page Facebook programmés, accréditation presse pour Jazz Sous Les Pommiers enregistrée, nouvel appareil photo, etc. Il était prêt et s’arrangeait pour que son absence de quelques jours ne nuise pas au fonctionnement du magazine.
Quelques jours, certes, on avait l’habitude. Quelques années, ça va être plus compliqué maintenant.
Il me reste très peu de photos sur lesquels Gérard apparaît, je suppose que c’est le cas avec les photographes. Par contre, j’en ai un bon nombre qu’il a prises de moi, car nous fréquentions les mêmes festivals : le Jazzfest Berlin et Jazz Sous Les Pommiers notamment. J’écoutais les concerts, concentré (ou pas) et sans que je ne le voie, il me chopait dans une attitude ou un contexte qui me définissait parfaitement. Il était à l’écoute et à l’affût.
Ses photos resteront avec nous, certaines resserviront sûrement à l’occasion d’un article : nous veillerons à préserver son travail, sa mémoire.
Et je garde en mémoire nos conversations amicales sur le magazine, sur la musique, sur les gens.

Matthieu Jouan, directeur de la publication.