Henri Texier
Healing Songs
Henri Texier (b, comp), Sébastien Texier (cl, as), Hermon Mehari (tp), Emmanuel Borghi (p, Rhodes), Gautier Garrigue (d) + Manu Katché (d).
Label / Distribution : Label Bleu
À la faveur d’un récent échange, Henri Texier expliquait avoir souhaité réunir ce qu’il considère comme un « quintet classique » au sens des années 50 et 60, et comme il en existait beaucoup du côté d’un label tel que Blue Note. Piano, contrebasse, saxophone, trompette et batterie, soit une formule inédite chez le contrebassiste, si l’on en juge par sa discographie depuis plus de quatre décennies. Voilà qui est fait désormais avec un disque dont le titre, Healing Songs, reflète les émotions que ce grand monsieur, entré de son vivant dans la légende du jazz, a pu ressentir en écoutant certaines de ses compositions, dans un véritable besoin de « consolation » et de guérison en nos temps d’oppression néolibérale généralisée. On ne trouvera donc ici aucun inédit, l’idée étant plutôt de parer de nouvelles nuances et de couleurs différentes quelques thèmes dont la sélection porte sur la longue période (depuis « Quand tout s’arrête », initialement enregistré en 1976 sur l’album Amir, jusqu’à « Samba Loca », issu de Canto Negro en 2011), avec une place importante accordée à l’album Remparts d’argile (2000), qui fait ici l’objet de quatre reprises.
Healing Songs est aussi l’occasion de faire entrer dans la bande à Texier ces deux « petits nouveaux » que sont Emmanuel Borghi (piano et Fender Rhodes) et Hermon Mehari (trompette). Voilà assurément une greffe qui a pris sans la moindre difficulté, tant ces deux musiciens semblent à leur affaire. Leur présence est d’emblée très solaire au sein d’une formation dont le cœur bat avec une réjouissante régularité. Il y a du plaisir dans l’air. La paire rythmique Henri Texier - Gautier Garrigue est un régal de souplesse et de groove, dont on trouvera un remarquable exemple avec « Chebika Courage ». Le batteur suggère des motifs dont la sensibilité est résolument « motianesque » lorsque le tempo ralentit (« Decent Revolt », « Vent poussière »). Mentionnons une cerise percussive sur ce gâteau avec la présence sur deux titres d’un certain Manu Katché. Sébastien Texier, du haut de ses 30 années de collaboration avec son illustre père, fait montre quant à lui d’une véritable autorité, en particulier au saxophone alto. Il est l’un des rouages essentiels de cette musique dont Henri Texier déploie la grammaire de la manière la plus classique qui soit (thème, intervention des solistes, retour au thème), sans que jamais les prises de paroles des uns et des autres ne paraissent convenues. Là est bien l’essence de son jazz de toujours. Et le « blues » qui habite Henri Texier nourrit un chant qu’on entonne avec un plaisir intact, même « Quand tout s’arrête ».

