Home Orchestra, une première pour terminer
Au Petit Faucheux, nouveau groupe de Léa Ciechelski et Bo Van Der Werf.
Home Orchestra, photo Rémi Angéli
Pour conclure la double résidence des musicien.nes associé.es de la salle du Petit Faucheux sur ces deux dernières saisons, la Tourangelle Léa Ciechelski et le Bruxellois Bo Van Der Werf proposent une formation conjointe qui réunit des personnalités franco-belges autour d’un programme commun. Premier concert du groupe et déjà un niveau de jeu et de musicalité pleinement aboutis.
Ils auront donc été deux à participer à la dynamique du jazz au Petit Faucheux sur les saisons 23/24 et 24/25, proposant des actions culturelles, des rencontres, des concerts bien sûr et aussi des groupes nouveaux. On se souvient avoir vu notamment, lors de l’ouverture de saison le trio Meije (Léa Ciechelski, Vincent Duchosal et Benjamin François sortent en ce moment un live enregistré à cette occasion) et le duo Bo van Der Werf / Jozef Dumoulin. Le projet Veress Variation aura, ensuite et sans nul doute, été un moment fort de la programmation de cette période. Quant à Franges, conduit par Ciechelski, il aura tenu ses promesses au point d’être lauréat de Jazz Migration #11.
Pour conclure cette double entente avant d’attaquer la prochaine saison avec Bruno Ruder qui sera le nouvel artiste associé, les deux musicien.nes se sont entendu.es sur la constitution d’un groupe qui a tout naturellement pris pour nom Home Orchestra puisqu’il trouve ses origines dans la salle où il s’exprime pour la première fois.
En quintet, les deux soufflants (Léa Ciechelski saxophone et flûte, Bo van Der Werf baryton), entourés de Jozef Dumoulin au piano et claviers, Sarah Murcia à la basse et Jonas Burgwinkel à la batterie, s’élancent dans un répertoire constitué de compositions de l’une et de l’autre. Les esthétiques diffèrent, cela va sans dire, pourtant la force du groupe, le travail préalable lors des répétitions, posent immédiatement un cadre général et le public assiste à une musique présente, qui circule et gagne en consistance au fil du concert.
Après un duo des deux leaders constitué de phrases flexibles nuancées par des contrepoints savants, l’ensemble se structure autour d’une basse fortement charpentée pendant que l’Allemand Jonas Burgwinkel parvient à donner beaucoup de liant à des formes rythmiques qui nous semblent complexes.

- Léa Ciechelski, Bo Van Der Werf, Sarah Murcia, Jonas Burgwinkel, Jozef Dumoulin, photo Rémi Angéli
Car la force de ce quintet est de ne pas jouer le jeu de la cérébralité à tout crin et les interventions solistes de Jozef Dumoulin, souvent au piano, lui qui a l’habitude d’user de toute une batterie de prothèses déformantes, sont l’occasion d’écouter la limpidité de son toucher sur des couleurs très jazz qui ancrent le répertoire dans un monde connu que les cinq membres habitent tout en le métamorphosant.
Au travers des compositions (Ciechelski en dédie une à Sylvaine Hélary, précédemment artiste associée au Petit Faucheux), un processus se développe qui, sans rupture, va du lisible à des tournures plus complexes. Les phrasés acrobatiques se mettent en place, un jeu de questions/réponses tous azimuts s’engage sur chaque paramètre (rythmique, harmonique, vitesses multiples) et l’ensemble fonctionne avec naturel et spontanéité, comme une évidence.
Il faut certainement être familier de ces univers-là pour n’y voir que du facile mais la rencontre entre l’abstraction de Bo Van Der Werf et le style enthousiaste, à la fois réfléchi et tonique de Ciechelski fait toute la valeur de cette formation qui enchaîne avec une poignée d’autres concerts, en Belgique notamment. Croisons les doigts pour que de nombreuses dates les suivent bientôt !

