Jultrane
Miles & John - The Century Birthday
Julien Ndiaye (ts), Cyril Galamini (tb), Renaud Gensane (tp), Frédéric D’Œlsnitz (p), Gabriel Pierre (b), Laurent Sarrien (d)
Label / Distribution : Jazz Family
Obelix est tombé dans la potion magique quand il était petit. Ce qui en a fait sa force et aussi sa frustration dans la mesure où notre ami gaulois n’a plus jamais eu le droit d’y goûter. Julien Ndiaye aka Jultrane est lui aussi tombé dans un breuvage magique à l’époque de son enfance, mais ce dernier est d’une tout autre nature puisqu’il s’agit de la musique de John Coltrane. Et pour tout dire, ce jeune musicien semble vivre très bien une aventure qu’il relate au long d’un parcours discographique encore naissant. Après Creation en 2023 et Jultrane Plays John en 2025, le saxophoniste continue de célébrer avec la même foi la musique de son mentor. Mieux encore pour ce troisième rendez-vous, il prend appui sur l’année du centenaire de la naissance de Miles Davis et John Coltrane pour leur rendre un double hommage, sobrement intitulé Miles & John. Ici, le programme est constitué de la musique que les deux géants ont enregistrée ensemble… ou pas (ainsi « Blue Train » ou « Syeeda’s Song Flute » pour Coltrane et « Seven Steps To Heaven » pour Miles Davis). Entouré des membres du quartet en action sur Jultrane Plays John (Frédéric D’Œlsnitz au piano, Gabriel Pierre à la contrebasse et Laurent Sarrien à la batterie), Julien Ndiaye étoffe la palette de ses couleurs en faisant appel au trombone de Cyril Galamini et à la trompette de Renaud Gensane (tous deux déjà présents sur Creation), auxquels s’ajoutent çà et là le bugle de Christian Altehülshorst et la voix de Monika Kabasélé (qui a posé des mots sur « Flamenco Sketches »).
Il fallait oser, tout de même, se confronter à un répertoire aujourd’hui entré au Panthéon du jazz, et en particulier à celui qui figure sur le disque totem que constitue Kind of Blue (« So What », « All Blues », « Flamenco Sketches »). Armé de ce qu’on n’hésitera pas à qualifier de foi et d’une sincérité à toute épreuve, jamais enclin à verser dans la copie (et ne cherchant même pas à reproduire le son de Coltrane) sans pour autant renverser la table, Jultrane et ses partenaires séduisent par la fraîcheur et la spontanéité de reprises dont l’esthétique sonore est volontairement ancrée dans celle de la fin des années 50. On pourrait y voir une tentation nostalgique, mais celle-ci n’aurait aucun sens de la part d’un musicien qui n’est âgé que de 38 ans. Ce serait faire fausse route : si Julien Ndiaye est habité par la musique de Coltrane, ce qu’il est le premier à revendiquer, il sait faire entendre sa propre voix, respectueuse et libre à la fois. Tout cela se jouant dans une joie collective très contagieuse. Et voici Jultrane qui annonce déjà un prochain rendez-vous discographique sous le titre Confirmation. C’est bien tout le mal qu’on lui souhaite !
