Kristóf Bacsó Triad
Let It Go
Kristóf Bacsó (ts), Áron Tálas (g), Márton Juhász (d) + István Tóth (g, b)
Label / Distribution : BMC Records

Avec Kristóf Bacsó, sans doute l’un des saxophonistes hongrois les plus directement câblés avec le jazz étasunien, il y a dans chacune de ses apparitions chez BMC quelque chose d’une nuit à Manhattan qui s’étend sur une base rythmique solide, construite autour du pianiste Áron Tálas (« Crossroads »). C’est ainsi qu’on aborde « Mandala », où Bacsó joue très en avant, déblayant avec beaucoup de célérité une ligne droite et large, bien délimitée par la batterie impeccable de Márton Juhász, plus vieux complice du ténor. Adepte d’une ligne claire qui va droit au but, Bacsó est depuis longtemps partisan d’une efficacité qui fait fi des circonvolutions ; avec « Oblique World », le pensionnaire du Modern Art Orchestra dessine un jazz très contemporain où ses compagnons construisent les conditions nécessaires à sa propre liberté.
Souvent au Rhodes, Tálas est le nouveau venu de ce Triad. On l’avait entendu dans un rôle plus orchestral avec le quartet de Mihály Borbély dont il est l’un des piliers. Ici, son jeu très bâtisseur et très rythmique permet à Bacsó toutes sortes de balades, souvent assez nostalgiques et légèrement sucrées, à l’image de « My Father Sent Me a Message » où ses enluminures permettent au son rêche de Bacsó beaucoup de retenue, laissant énormément de place aux silences et aux plaintes discrètes de la guitare d’István Tóth.
C’est l’invité de Let It Go, ce nouvel album du Kristóf Bacsó Triad, après Lionel Loueke sur le précédent. Sa place est différente, pondérée par son rôle de contrebassiste discret et point d’équilibre avec Márton Juhász qui s’offre de jolis moments coloristes. Dans le plus nébuleux « Double Vision », au milieu de jeux très subtils entre le Rhodes de Tálas et sa guitare, Tóth offre à Triad l’occasion d’ouvrir la ligne claire à des instants plus sensibles, que Bacsó transforme immédiatement en émotion. Let It Go est un un disque très doux, qui mériterait parfois davantage d’aspérités mais trace une jolie route sans obstacle, chaleureuse et confortable.


