Maki Nakano

月の山 Mont Lunaire

Maki Nakano (p, as, cl, voc, perc)

Label / Distribution : OpenMusic Records

Voici plus de vingt ans que la clarinettiste Maki Nakano joue en France. D’abord au sein de Mamabaray, avec Raymond Boni et son compatriote Makoto Sato, et puis très vite avec le pianiste Stéphane Tsapis avec qui elle enregistra Charlie & Edna, entre la France, la Grèce et le Japon. Discrète, la musicienne nourrit une sonorité et une temporalité à part, tant par le timbre de sa métallo-clarinette, instrument dont elle s’est fait la spécialiste, que par son rapport à Erik Satie et à l’image, deux inspirations de toujours qui avaient déjà irrigué son travail avec Tsapis. Une anthologie, L’Autre Face de la Lune, est d’ailleurs disponible sur Bandcamp, tout comme un récent disque consacré à Satie, avec le guitariste Yann Pitard.
 
La Lune, voici le sujet. Dans ce disque très court, le temps d’un poème, peut-être d’un haïku, Maki Nakano évoque le Mont Lunaire, le Gassan, l’un des trois monts sacrés de Dewa, dans le nord de l’île de Honshū au Japon. Inspiré d’un texte du poète contemporain Shinji Koyama, Mont Lunaire est une collection d’impressions fugaces, d’évocations du lieu dans lequel Nakano a pérégriné, s’inspirant des odeurs, des couleurs et de la topographie. « Ascension du Mont Lunaire », Satien en diable, est une déambulation le nez au vent, avec ce qu’il faut de dramaturgie pour évoquer les images d’un vieux film muet, vaguement nostalgique. Nakano est au piano, et c’est là la grande surprise : partout, comme sur « Attirée par la Lune », elle est à tous les postes, piano et clarinette. Voix s’il est besoin.
 
Car pour ce disque concis, fait de petites diapositives du chemin, Maki Nakano est seule. Les instruments s’allient pour dresser un portrait au charme suspendu, entre chien et loup, délicatement rêveur. Rares sont les morceaux qui dépassent les deux minutes, mais les trente-cinq secondes de « 0 couleurs 5 degrés 6e sens » posent en quelques notes minimalistes un décor solide et plein de contrastes quand « L’Écureuil voyageur 2 », joliment mutin, offre de nombreuses tangentes à notre imaginaire sous l’égide de l’astre nocturne, aussi secret et mystérieux que peut l’être Maki Nakano en randonneuse poète.