Chronique

Marc Benham

Triceratops

Marc Benham (p), Fidel Fourneyron (tb), Emile Biayenda (d) + Léa Castro, Laurence Ilous, Célia Tranchant (voc).

Label / Distribution : Pégazz & l’Hélicon

S’il existe un pianiste insaisissable, c’est bien Marc Benham. Il y a dix ans, le musicien rendait un hommage à Fats Waller qui avait tout d’un classicisme bien compris pour qui le rétroviseur n’est pas le pare-brise, à défaut d’aller dans le mur. Puis il était allé à la rencontre du trompettiste de Papanosh Quentin Ghomari pour Gonam City, échange très chambriste qui rappelait tout son bagage classique. Pianiste très fin mais jamais maniéré, capable de ruptures tout droit venues du blues et d’une certaine révérence à Ellington, Triceratops est sans doute à ce jour son projet le plus personnel. « (In My) Solitude », revisite du standard avec un Fidel Fourneyron toujours en son élément dans ce contexte, l’illustre bien.

Benham poursuit avec « Dilophosaurus », autre dinosaure dont la collerette fait penser à un gremlin après minuit comme symbole de toutes les transformations possibles : le batteur Emile Biayenda, entendu chez Delbecq est un élément important du trio. La stabilité rythmique permet à Marc Benham de s’amuser à l’orgue Hammond sur « Cioran Boogaloo » pendant que Fidel Fourneyron jouit d’une grande liberté. Il y a dans cette danse joyeuse une autre facette de Benham qui brise l’austérité et le sérieux trop vite estampillés, tout comme d’ailleurs cette reprise du « Dodo » de Couperin, berceuse finale sans virtuosité inutile.

Mais c’est lorsque la voix de Léa Castro s’invite, avec deux autres chanteuses (Laurence Illous et Célia Tranchant), que le Triceratops prend les traits de Benham. Avec « Anhédonie », le trombone proche de la voix de Fourneyron invite les chanteuses à une forme de légèreté que le piano souligne, mais que les chanteuses vont ombrer d’une forme de spleen. Sans rien révolutionner, l’orchestre de Benham convoque une esthétique volontairement superficielle, inspiré par les bluettes sixties et la musique fonctionnelle (« Petropolis »), en donnant une profondeur nouvelle et une chaleur dont est garant le trombone. Un disque très personnel.

par Franpi Barriaux // Publié le 28 juin 2026
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