Chronique

Markus Stockhausen & Massimo Barbiero

Stoicheia

Markus Stockhausen (tp), Massimo Barbiero (d)

Label / Distribution : Auto Productions

Longtemps partagé entre l’Allemagne et l’Italie, le trompettiste Markus Stockhausen a incarné pendant des années, avec un son très évanescent et évoluant dans un espace très ample, le « son ECM » dans toute sa polysémie. Habitué des dialogues où l’électronique prend une large part, on l’a souvent vu aux côtés de percussionnistes, ce qui donne à sa musique un aspect très antagoniste, entre l’air et la pierre, entre l’insaisissable et le concret. De Patrice Héral à Christian Thomé (des choix très Third Stream tout de même), sa musique s’est souvent incarnée entre ces éléments. Le choix de Massimo Barbiero, percussionniste italien qu’on a habitude à voir auprès de Roberto Ottaviano va dans cette direction pour ce Stoicheia ; « Terra », où une trompette sèche d’effets électroniques se confronte aux percussions à l’écho puissant, en est l’incarnation.

Stoicheia, en grec, ce sont les éléments. Le duo en compte cinq, en ajoutant un « Ether » qui semble à la fois concerner la trompette, lointaine, surfant sur l’écho, insaisissable comme une entité non incarnée, mais aussi la douceur parcimonieuse des bols de cristal de Massimo Barbiero, faisant planer un autre discours, plus mystique encore car situé entre deux états. Il y a une réflexion très forte dans la discussion entre ces musiciens, autour de cette notion d’incarnation qui dépasse largement la licence poétique pour aller à l’essence de la musique. C’est ce que l’on entend dans « Fuoco », où la trompette se fait gazeuse, soudain plus puissante dans le crépitement de la batterie mais qui, sur le temps long d’un morceau, s’étiole vers un éther où la parole est plus rare, mais plus tonitruante aussi.

Avec Stoicheia, on est dans la musique du sensible. Massimo Barbiero et Markus Stockhausen jouent en live, avec une danseuse (Roberta Tirassa) que la pochette nous révèle, en plein air. Ce duo offre une musique faite de symboles et de profondeurs que la danseuse capte dans une incarnation, physique et agile. En allemand, Stoische, le stoïcisme, est proche de Stoicheia. Ce stoïcisme définit bien la ligne directrice de la musique de Markus Stockhausen et cette éthique de la simplicité. Un disque d’une grande profondeur.

par Franpi Barriaux // Publié le 19 avril 2026
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