Chronique

Gulliver + Roberto Ottaviano

The Billia Session

Danilo Gallo (b), Roberto Ottaviano (ss), Maurizio Brunod (g), Massimo Barbiero (perc, d)

Label / Distribution : Dodicilune

Il y a deux ans, le trio italien Gulliver, porté par le contrebassiste Danilo Gallo, proposait un premier album passé relativement inaperçu de ce côté-ci des Alpes. Si Gallo est connu pour sa collaboration avec Francesco Bearzatti dans le Tinissima Quartet [1], c’est aux côtés de Roberto Ottaviano qu’on l’a entendu récemment, notamment dans l’excellent Lacy In The Sky With Diamonds consacré à l’un des totems du saxophoniste. Accompagné de Maurizio Brunod à la guitare et Massimo Barbiero aux percussions, Gallo relance Gulliver aux côtés d’Ottaviano, dans des Billa Sessions qui ressemblent beaucoup à ces musiciens : réinterpréter le monde et lui donner leur fougue à travers des chants populaires traditionnels qui cherchent d’abord la ligne claire.

C’est ainsi que « Nanita Nana », chanson de Noël espagnole, joue avec la mélodie traînante partagée entre guitare et saxophone soprano ; derrière, c’est la base rythmique qui crée l’entropie, avec une approche de la contrebasse qui évoquera le Charlie Haden du Liberation Music Orchestra, une perspective que l’on retrouve sur « Laputa – Palestine Song » où le jeu solennel et sans fioritures de Brunod fait merveille. L’idée de cet album, c’est le voyage de la mémoire et des latitudes, avec des hymnes fondateurs comme le chant chilien « El Pueblo unido » qu’Ottaviano mène presque en dansant, avec une flamme vivace et chaleureuse que Barbiero attise par un jeu très ouvert. Sur « Ethopian Song » qui clôt l’album, le trio augmenté joue tous azimuts, s’affranchissant parfois du thème pour offrir à Brunod et Gallo de petites plages libertaires.

Ce voyage paisible offert par Gulliver se fait à pas de géant sans perdre le goût des détails cher aux lilliputiens. Avec « M1s1rl1 », interprétation de « Misirlou », scie grecque assez éloignée de sa version surf-rock emblématique de Pulp Fiction, le trio et Ottaviano retournent aux origines d’un rebetiko pesant où Danilo Gallo s’illustre dans un solo fait de quiétude. Quand à Brunod, son jeu se fait plus explosif, et rappelle le jeu de Nels Cline dans l’Orange Electric de Wadada Leo Smith. Un disque remarquable paru sur le label Dodicilune, fidèle à Ottaviano depuis des années.

par Franpi Barriaux // Publié le 28 septembre 2025
P.-S. :

[1On se souvient forcément de Monk’n’Roll !