Chronique

Marta Warelis

Still Life With Lemons

Marta Warelis (keyb), Ben LaMar Gay (tp, fx), Ab Baars (cl, ts), Karen Ng (cl, as), Ingebrigt Håker Flaten (b), Frank Rosaly (d)

Label / Distribution : Relative Pitch

Voilà seulement quelques années que la pianiste polonaise Marta Warelis est arrivée jusqu’à nos oreilles, mais on a l’impression de la connaître depuis toujours. Toucher fin, capable de toutes les ruptures, mais aussi féru d’intime dans sa préparation. C’est ce que l’on avait noté avec Omawi. C’est ce que l’on entend sur le profond « Ashes to Sea » sur son nouvel album Still Life With Lemons avec un sextet en partie né de la grande communauté de musiciens internationaux d’Amsterdam, où elle a depuis longtemps élu domicile. Ce morceau, où l’on entend notamment le travail d’architecte des percussions de Frank Rosaly, véritable sculpteur de l’instant, c’est d’abord le travail d’écriture de Warelis ; de la finesse là encore, où chaque voyage dans les entrailles du piano est pesé et entraîne la mécanique d’un orchestre où chaque teinte a son importance, de la trompette de Ben Lamar Gay à la contrebasse d’Ingebrigt Håker Flaten. On peut difficilement faire mécanique plus élégante.

Still Life With Lemons est une œuvre a considérer comme un geste pictural. Pour le titre bien sûr [1], mais jusque dans sa conception profonde : tout est à petites touches. Même les accès de chaos où contrebasse et piano se font turbulents comme « Alternate Endings » et ses teintes colemaniennes, tendance Ornette, où l’on n’est pas surpris de retrouver les anches d’Ab Baars et de la Canadienne Karen Ng dans un rôle de profonds dynamiteurs. On trouve le même soin particulier dans l’impavide « Intermittent Web of Sorts » que Flaten crayonne d’abord pour le confier à l’abstraction générée par Warelis et Lamar Gay. Même dans les instants les plus spectraux, au centre d’une improvisation collective, il y a une chaleur dans la relation entre ces deux musiciens. Quelque chose d’intensément humain qui anime l’impassible et offre du sensible à l’inanimé. La vie est partout dans les compositions de Marta Warelis.

Ce disque est sans doute pour le moment le plus abouti de la pianiste, celui où elle livre le plus d’elle-même et de sa conception de la musique. Évidemment, on se pince devant la réunion de talents de l’orchestre, mais c’est avant tout la grande simplicité de la proposition et sa sincérité qui réjouit. « Birds », en tout début d’album, est un équilibre parfait entre retenue et espièglerie dans une introduction soliste très concertante qui illumine le reste de l’album. Paru chez Relative Pitch, Still Life With Lemons confirme une chose : nature morte et musique vivante ne sont pas incompatibles.

par Franpi Barriaux // Publié le 14 juin 2026
P.-S. :

[1On le traduira par : Nature morte aux citrons.