Chronique

Omawi

Waive

Marta Warelis (p), Wilbert de Joode (b), Onno Govaert (dms)

Label / Distribution : Relative Pitch

Installée aux Pays-Bas depuis 2010, la pianiste polonaise Marta Warelis a eu le temps de se forger de solides amitiés avec les musiciens locaux, ce qu’Omawi illustre à merveille. Avec les deux musiciens néerlandais Onno Govaert à la batterie et Wilbert de Joode à la contrebasse, Warelis forme un trio soudé, qu’elle qualifiait dans notre récente interview de « vieux trio bien-aimé ». Il faut dire que la générosité, comme la connexion très forte qui la lie à son batteur, est évidente ; le piano, bien souvent préparé, joué parfois au cœur des cordes, répond dans un flot ininterrompu aux trépidations des cymbales sur « The Space My Body Fills » sans trahir aucune animosité. Ce qui compte, c’est le mouvement, que de Joode accompagne lui aussi dans son style unique, fait de force et de discrétion, toujours dur sur ses cordes en pizzicati et capable de drones entêtants à l’archet (« Everblooming » qui grogne comme un animal sauvage).

Warelis aime les batteurs. On l’avait entendu avec Franck Rosaly, mais le travail avec Govaert se fait encore plus en profondeur. Le Batave a l’habitude de ce genre de climat. On se souvient de son quartet européen avec des esprits frappeurs lusophones, In Layers [1], où la texture était au cœur de la thématique. « Dark Little Narrative » est du même acabit : d’abord un piano assourdi dialogue avec les cordes frottées de la contrebasse, devenue flûtée et soudainement bavarde. Et puis la batterie entre en jeu, doucement d’abord, le morceau prend son temps, les tambours rendent de Joode plus languide avant de reprendre une discussion ancienne avec un piano qui agit comme des vaguelettes inoffensives qui attendraient le tsunami.

Cette vague qui illustre la pochette, cet inattendu, arrive comme par bouffées : dans « Till A Becomes The », le morceau central d’un disque où les titres mis bout à bout forment une poésie étrange [2], est sans doute le plus explosif, la contrebasse servant de boutefeu à une tension soudaine que seul l’archet apaise. Instants de liberté captés à la sortie des confinements, Waive est un beau témoignage de la vitalité de la scène amstellodamoise et du talent éclatant de Marta Warelis.

par Franpi Barriaux // Publié le 28 avril 2024
P.-S. :

[1Govaert joue également dans The Attic avec Rodrigo Amado.

[2L’espace que remplit mon corps est enflammé par la solitude jusqu’à ce qu’Un devienne Les petits récits sombres qui ne cessent de fleurir.